samedi 20 mai 2017

Mini-break printanier

Un tout petit mot aujourd'hui, simplement pour vous tenir informés de mon départ pour quelques jours de vacances (bien méritées). Quand vous lirez ces lignes, il se peut que je sois déjà sur la route. Mille et une bobines fait donc une courte pause - une grosse semaine.

Cela aurait pu être l'occasion pour un bilan statistique lié au cinéma vu depuis le début de l'année, mais je ne me suis pas senti inspiré. J'espère donc que vous saurez vous contenter de cet avertissement. M'étant concocté des congés itinérants, je peux d'emblée supposer que je ne devrais pas voir beaucoup de films pendant cette période. En revanche, je suis sûr de replonger en cinéphilie dès mon retour. Déjà, j'ai fait quelques découvertes... dont je n'ai pas encore parlé. D'autres sont bien sûr à venir. La conclusion en deux mots: à bientôt !

jeudi 18 mai 2017

La quête d'une vie

Comme sûrement bon nombre de petits garçons, j'ai rêvé de trésors cachés et de civilisations disparues. Les vieilles pierres conservent pour moi quelque chose d'étrangement attrayant, comme le souvenir d'époques révolues et que je n'ai pas connues. C'est cette curiosité prolongée qui m'a sans doute conduit à aller voir The lost city of Z...

Je crois que l'absence de grandes têtes d'affiche dans la distribution m'a également permis une immersion profonde dans ce beau récit d'aventures à l'ancienne. Résumons: avec Percy Fawcett, personnage bien réel devenu légendaire, le film nous embarque au coeur même d'un groupe d'explorateurs du début du siècle dernier. Nous arpentons d'abord la jungle amazonienne pour la cartographier et y placer correctement la frontière brésilo-bolivienne. Cet enjeu géographique est aussi militaire, puisqu'il s'agit d'éviter une guerre du caoutchouc entre les deux nations, ce qui permettrait aux Européens de placer quelques pions économiques. Bref... assez rapidement, le chef d'expédition, un ancien soldat sans grande perspective de progression sociale, se donnera une toute autre motivation: il entendra prouver aux savants qu'un peuple a précédé l'homme blanc sur cette terre inhospitalière et que ceux qu'on appelle des "sauvages" n'en sont pas. Oui, vous avez bien compris: le récit que propose The lost city of Z est porté par l'humanisme. Pour moi, cela aura été une belle surprise.

Autant vous le dire aussi: j'ai aimé le jeu de tous les acteurs et cite désormais avec plaisir les noms de Charlie Hunnam, Robert Pattinson, Sienna Miller, Tom Holland... et j'en passe. La majorité d'entre eux doivent jouer un personnage sur une longue période et j'ai trouvé qu'ils s'en sortaient admirablement, ce qui rend leurs interprétations tout à fait dignes d'éloges. Cela étant dit, j'ai presque envie d'ajouter que l'essentiel n'est pas là: pour tout vous dire, si The lost city of Z m'a procuré autant d'émotions, je crois que c'est grâce à la technique. L'ampleur de la réalisation est épatante, c'est certain, mais l'élément le plus frappant reste la photo, oeuvre du maestro Darius Khondji. D'après ce que j'ai compris, le long-métrage marque l'aboutissement de huit ans de travail, après bien des hésitations et atermoiements. Nous tenons là l'un des meilleurs films de ce premier semestre 2017. Une anecdote amusante: la production n'aurait pas suivi le conseil d'un certain Francis Ford Coppola d'éviter de tourner de la jungle. Heureusement que, sur ce coup, le grand maître n'a pas été entendu !

The lost city of Z
Film américain de James Gray (2017)

Allez... si je creusais encore, je trouverais sûrement d'autres choses dignes d'être racontées sur cette vraie perle de cinéma. Je m'arrête toutefois sur cette très bonne impression, histoire de ne pas gâcher le plaisir de votre découverte. N'attendez pas un Indiana Jones ! Beaucoup ont cru bon de comparer le héros à un Aguirre britannique. Contresens, je crois: sa volonté le rapproche plutôt d'un Fitzcarraldo.

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Et mes p'tits camarades, qu'en pensent-ils ?

Je vous laisse les lire pour le savoir. Ils sont nombreux à avoir donné leur avis, à savoir: Pascale, Sentinelle, Tina, Princécranoir et Strum !

mercredi 17 mai 2017

Deux âmes perdues

Une information, d'abord: je le déplore, mais je manquerai de temps cette année pour suivre le Festival de Cannes (il ouvre aujourd'hui). J'ai souhaité tout de même évoquer un film très particulier, couronné de la Palme d'or il y a maintenant trente ans: Sous le soleil de Satan. Notez-le: c'est - encore - une adaptation d'un roman que je n'ai pas lu.

L'abbé Donissan, un jeune prêtre, doute tellement de sa vocation profonde qu'il frappe son corps avec vigueur et constance. Il confie parfois ses doutes à un père expérimenté, directeur de conscience austère, certes, mais discret et respectueux. Dans la même localité du Nord de la France, une très jeune femme, Mouchette, s'entretient avec l'homme qui l'a mise enceinte, un nobliau désargenté, et le tue accidentellement. Le décor de la tragédie de ces deux âmes perdues appelées à se rencontrer est posé: il l'est d'autant plus finalement qu'une nuit où il bat la campagne, Donissan se confronte au Diable incarné. Sous le soleil de Satan ne vient pas réchauffer les coeurs. Comme, j'imagine, le texte de Georges Bernanos, c'est une oeuvre d'une froideur rare, à vrai dire aussi désespérée que ses personnages.

Mais ce qui est sombre peut également s'avérer fascinant, bien sûr. Je crois vraisemblable que vous ayez déjà entendu l'anecdote fameuse qui, depuis donc trente ans, tourne toujours autour du film. Son titre s'est en fait inscrit au palmarès de Cannes comme celui d'une Palme remise à l'unanimité, mais copieusement huée lors de la cérémonie finale. Avant qu'Yves Montand, président du jury, s'en fasse l'avocat en termes choisis, Maurice Pialat, réalisateur, était monté sur scène le bras levé, proclamant: "Je suis surtout content ce soir pour les cris et les sifflets que vous m'adressez. Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus". Le temps est passé. Montand est mort en novembre 1991, Pialat ensuite, en janvier 2003. Sous le soleil de Satan reste et c'est, je trouve, un film marquant. Tête d'affiche, Gérard Depardieu est très bon, comme à son habitude. Sandrine Bonnaire, elle, n'aurait en rien à rougir de la comparaison. Très éphémère à l'écran, leur duo s'impose avec force. Aussi dépourvu de lumière soit-il, ce "pas de deux" est un pan du patrimoine français.

Sous le soleil de Satan
Film français de Maurice Pialat (1987)

Bon... Michael Haneke n'a pas l'apanage des Palmes d'or austères ! Cela dit, l'Autrichien en a réalisé aussi (Le ruban blanc et Amour). Certains d'entre vous se diront peut-être que la pratique religieuse évoquée dans le film n'incite pas au rire: OK, mais un long-métrage comme Des hommes et des dieux propose un traitement différent. Le doute, lui, est également au centre du très beau Habemus papam.

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Une nouvelle étape sur le chemin du Movie Challenge...
Je m'acquitte aujourd'hui de l'objectif n°10: "Une Palme d'or".

Et, en prime, deux petits liens pour poursuivre le débat...

Je vous laisse aller lire la chronique de Strum et l'avis de Pascale.

lundi 15 mai 2017

Le spectre émouvant

Pour débuter cette nouvelle semaine, je laisse la parole à Joss. Comme souvent, mon amie a choisi de vous présenter un film inédit sur les Bobines et que je n'ai jamais vu: La double vie de Véronique.

Vingt-six ans après sa sortie, je revois le film franco-polonais de Krzysztof Kieslowski qui ne m'a jamais vraiment quittée. Absolument remuée en 1991, je saisis tout de suite que le temps a passé. Pour moi surtout. Je l'apprécie toujours autant pour son histoire (scotchante), pour ses images, ses gros plans, son rythme intimiste, profond, mais je remarque aujourd'hui des détails de prise de vue sur lesquels je ne m'étais pas attardée, comme par exemple quelques mises au net récurrentes, premier et arrière-plan successivement, certaines scènes qui s'étirent, des tons et dialogues qui me surprennent et même une température dans les couleurs et un grain particuliers…

Le film est toujours aussi beau, mais à force de tant l'aimer, ne l'ai-je pas fait évoluer en moi plus que de mesure, tandis que les années défilaient ? Je l'avais engrangé comme une pépite qui m'a tenu chaud pendant près de trois décennies. Alors, pour la garder encore précieusement, je décide non seulement de continuer à en faire vivre la quintessence, mais aussi à me remplir de ces paramètres qui m'interpellent aujourd'hui et que je pourrais bien commencer à interpréter autrement. Pour l'heure, commençons par cette histoire sublime que le réalisateur a su mener comme une composition éternelle, jeu de la vie et de la mort (la trame même de tous ses films !). Avec ce talent fou qui n'appartenait qu'à lui, Krzysztof Kieslowski nous a quittés à l’âge de 55 ans, le 13 mars 1996.

Deux jeunes femmes de vingt ans à la ressemblance frappante, l'une chanteuse lyrique à Varsovie, l'autre professeur de musique à Clermont-Ferrand. Elles ne se connaissent pas, ni dans les faits, ni dans les origines. Et pourtant, au-delà d'un physique et d'un rythme identique (toutes deux jouées par Irène Jacob), tout les rassemble. Toutes deux sont orphelines de mère et gauchères. Toutes deux aiment le contact du sol sous leurs pieds nus et celui d'un anneau d'or roulant sur les paupières. Toutes deux possèdent une voix sublime et souffrent d'une malformation cardiaque. L'une d’elles va d'ailleurs en mourir très vite, déléguant à l'autre sans le savoir des expériences bénéfiques comme celles qui permettent d'éviter le danger. Mais juste avant que Weronika disparaisse, alors arrivée à Varsovie en plein bouleversement politique étudiant pour y vivre auprès de sa tante, c'est sur l’immense place touristique du Marché que leurs destins vont se croiser une première et dernière fois.

Alors que Véronique s'engouffre dans le bus, poussée avec ses élèves à fuir la tourmente civile qui agite la capitale polonaise, Weronika rencontre l'incroyable vision de son double. Alors que le véhicule opère un tour complet dans le tumulte des sirènes de la police, Véronique prend les dernières photos de leur visite, le visage caché par son appareil. Prises de vue en cascade dont on se doute qu'elles figent un instant aussi fugace que dramatique. Elles sont la parenthèse. Comme au milieu de l'arène, poignante dans son long manteau sombre, Weronika - pourtant si vive et lumineuse - nous apparaît vulnérable et figée comme nous ne l'avons encore jamais vue jusque-là (Kieslowski l'a faite évoluer, prendre des décisions, vivre intensément pendant tout le début du film). Elle et nous seuls savons ce qui se joue, pas Véronique, mais cela viendra…

"J’ai l’impression que je ne suis pas seule au monde", confie Weronika à son propre père juste avant son départ, tandis que Véronique raconte à son jeune amant: "Pendant toute ma vie, j’ai eu l'impression d'être à la fois ici et ailleurs. C'est difficile à expliquer, mais je sais, je sens toujours ce que je dois faire". Sœurs siamoises dans un univers aux frontières de verre, métaphysique, les deux jeunes femmes se vouent un amour impalpable, inexplicable dont Kieslowski nous offre quelques clés, comme leurs confidences. Cette histoire de lacet appelé à lier, délier, relier… cette boule rebondissante, animée de reflets comme un troisième œil… ou la poupée double du marionnettiste dont Véronique tombera amoureuse.

Un cinéma peuplé d'ondes majeures et aussi subliminales où des enregistrements de sons anticipés prennent toute leur place, où le jeu de focale se saisit d’un seul élément du champ et s’y attarde (peut-être ce dont je parlais précédemment et que je n'avais pas perçu comme ayant du sens). A l'envolée des voix, surtout celle de Weronika qui semble prête à faire éclater un plafond de cristal, correspond l'élévation des âmes et surtout de la sienne que nous n'imaginons pourtant pas une seule seconde définitivement perdue (même si elle y laisse sa vie… polonaise !). Une envolée noblement servie par l'exceptionnelle musique de Zbigniew Preisner qui a le don de nous figer d'extase.

Et c'est Véronique qui prend le relais. Intégrée dans un quotidien plus stable, moins intense peut-être aussi (parallèle de deux conditions de vie bien différentes, l'une sous un régime mouvementé où il faut se battre pour obtenir, avoir des idées et des intuitions aussi, et l'autre plus confortable d'une petite ville de province française sans histoires), on la sent agitée de la présence de l'inconnue, perturbée par un indicible chagrin qui prend toute son ampleur lorsque la planche contact révèle enfin les clichés pris à la volée depuis le bus en Pologne, et d'où surgit le spectre émouvant de celle qui n'est déjà plus… Comme nous adhérons à cette peine, à ce chaos douloureux, à ce vide béant !

Il est bon sur ce blog de ne pas révéler le dénouement, mais comment se laisser aller à La double vie de Véronique sans évoquer ces instants fous, nés de symboles et de non-dits. Dans ce film, rien n'est hasard, pas même la couleur des gants portés par Véronique à Varsovie ou celle de sa longue écharpe traînant sur le sol à Clermont-Ferrand… rouges comme des blessures. Et ce rythme incroyable, si lent parfois, et sans lequel on ne pourrait s'imprégner de la profondeur des choses, à travers le sachet de thé qui s'infuse, les regards, les images sur lesquelles se pose Véronique face à elle-même et à l'incompréhension de son propre état. À l'angoisse de la perte, on sent poindre la douceur de la mort, à celle de la folie répond la cohérence universelle, à l'art répond le sentiment amoureux, et par-dessus-tout ça, une infinie beauté qui confine à la magie. Du très grand cinéma, qui a valu le Prix d'interprétation féminine à Irène Jacob et obtenu le Prix du Jury œcuménique à Cannes en 1991.

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J'adresse un grand merci à Joss pour cette nouvelle belle chronique ! L'avez-vous suivie jusqu'ici ? C'est sa quatrième de l'année, après...
- Sing Street (John Carney / 2016) en février,
- Dalida (Lisa Azuelos / 2017) en mars,
- Artemisia (Agnès Merlet / 1997) le mois dernier.

Vous en trouvez d'autres encore en remontant le fil, lien après lien. Évidemment, la prochaine devrait être publiée autour du 15 juin.

dimanche 14 mai 2017

Un jeu de dupes ?

C'est l'histoire d'une femme britannique, qui rallie la ville allemande de Baden Baden pour prendre un peu de repos, loin de son mari. Serait-elle infidèle ? Pas sûr, mais elle rencontre un homme et passe du temps avec lui. Une Anglaise romantique est, à mon avis, un film construit en trompe-l'oeil. Beaucoup d'images, pas mal d'ambigüité...

J'ai pris un plaisir certain à découvrir ce récit retors et incertain. Adapté d'un livre que je n'ai pas lu, le film accuse le poids des ans d'un strict point de vue esthétique, mais son scénario fonctionne correctement. Sans vouloir tout dire, je crois quand même pouvoir souligner que le duo de la possible infidèle et de son amant supposé redevient vite un trio, quand Madame convie sa dernière rencontre jusque dans la maison familiale. Monsieur fournira même un emploi correctement payé à celui qui, pourtant, apparaît comme un rival. Avez-vous compris le problème ? Le fait est que Une Anglaise romantique multiplie les faux semblants et écrans de fumée, assez en tout cas pour m'avoir fait douter de ce que je voyais à l'écran. J'insiste et me répète: j'y ai pris un plaisir certain, bien qu'éphémère.

Pour être tout à fait complet, il me faut souligner que je dois également ce plaisir aux acteurs, et particulièrement à Michael Caine dans le rôle de l'époux inquiet d'avoir été trompé. C'est un fait aussi que Glenda Jackson et Ludwig Berger livrent une partition honorable en complément, mais j'ai trouvé qu'il leur manquait un peu d'allant. Peut-être que c'est lié à l'environnement du film, d'allure bourgeoise finalement. Une Anglaise romantique a quelque chose de compassé. Je peux admettre qu'il ne plaise pas à tout le monde, dans une époque où, finalement, les couples se font et se défont sans grand tralala. Certains ont pu souligner avant moi que le second degré est de mise dans cette froide description de relations humaines trop compliquées pour être sincères (ou réelles). Je suis enclin à penser la même chose.

Une Anglaise romantique
Film britannique de Joseph Losey (1975)

Je n'avais pas prévu de voir ce film, mais c'était une bonne séance. Évidemment, je pourrais citer maints autres exemples de triangle amoureux au cinéma, mais ce serait fastidieux... et ceux qui jouent sur le registre du doute ne sont pas légion. L'an passé, Mal de pierres le faisait aussi, si l'on veut, mais dans un registre très différent. Pourquoi ne pas rigoler un peu en revoyant Certains l'aiment chaud ?

samedi 13 mai 2017

Flocons et flingues

Les romanciers scandinaves se sont visiblement taillé une réputation flatteuse en terme de polars sans concession. Il est de fait possible qu'en Norvège, la violence de fiction soit un exutoire, le taux officiel de criminalité sanglante y restant très faible. Cette idée m'est venue après que j'ai visionné un film de ce pays: le bien nommé Refroidis...

Si, sans tout connaître de leurs filmos, les noms de Stellan Skarsgård et Bruno Ganz vous sont familiers, vous ne partirez pas complètement en terre inconnue. Si ce n'est pas le cas, tant pis: le long-métrage présenté aujourd'hui aura au contraire le mérite de vous dépayser totalement. Le pitch, lui, est assez banal: un père d'une soixantaine d'années découvre que son fils était lié à des trafiquants de drogue. Parce que son enfant a été assassiné, il se décide soudain à le venger et, ce faisant, après quelques morts de plus, déclenche une guerre entre bandes rivales. Les méchants étant plutôt bêtes, on tombe vite dans le moule d'une comédie noire plutôt... euh... on va dire décalée.

Le point négatif, c'est que, passés la neige et le reste du décorum norvégien, Refroidis n'apporte pas grand-chose au genre, en réalité. Entendons-nous bien: ce n'est pas un mauvais film. J'ai juste eu l'impression d'avoir déjà vu pléthore de longs-métrages équivalents sous d'autres latitudes. Vous avez bien le droit de vous en contenter ! Je note d'ailleurs que le film avait été présenté lors de la Berlinale. Autre anecdote: il avait reçu un Grand Prix au Festival du film policier de Beaune (petite référence, c'est vrai, mais référence quand même). Personnellement, comme vous l'aurez compris, j'attendais mieux. Mention spéciale pour les comédiens qui ont parfois eu à affronter des froids polaires, bien en-dessous de zéro, au cours du tournage. C'est bien dommage que, face à cela, le scénario reste si paresseux...

Refroidis
Film norvégien de Hans Petter Moland (2014)

Bon... j'insiste pour dire (et mes étoiles en témoignent) que tout cela n'est en rien infamant et qu'on peut donc s'amuser à le regarder. Maintenant, quand on voit ce que les frères Coen font avec un décor enneigé dans Fargo, on se dit qu'un bien meilleur film était possible !  True romance, scénario de Quentin Tarantino, est du même acabit. C'est vrai qu'il n'y a plus de neige, à l'inverse de Django unchained...

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Une précision tardive (lundi 15, peu après 21h00):

Pascale me souffle qu'elle a parlé du film. Elle l'avait bien caché !

vendredi 12 mai 2017

Zéro neurone

Comment choisissez-vous les films que vous regardez ou aller voir ? J'ai déjà dû vous poser la question. J'ai, pour ma part, cette chance de pouvoir souvent décider, seul ou avec d'autres qui se rallient régulièrement à mes envies et idées. Fast and furious 8 constitue une exception, en ce sens: j'y suis allé pour faire plaisir à un cousin...

Les plus fidèles d'entre vous le savent: je vois peu de blockbusters. Ici, en plus des pectoraux des acteurs et de la "mignonnitude" indéniable de certaines actrices, il est en plus question de bolides automobiles, ce qui, en temps normal, me ferait certainement fuir aussitôt et sans retour avant longtemps. Inutile de dire que je n'ai vu aucun des sept (!) épisodes précédents de cette franchise XXL, lancée en 2001 et qui roule encore, même après la mort d'un de ses acteurs principaux... dans un accident de voiture. Bon... un mot du scénario proposé dans ce Fast and furious 8: une très mauvaise fille menace le monde d'apocalypse nucléaire, sur fond de terrorisme high-tech. Comme c'est original, hein ? Je peux admettre que c'est bien fichu. L'opposé de Charlize Theron dans le rôle: on l'a connue plus glamour...

Bref... entre longues poursuites, cascades géantes d'engins motorisés et bagarres à mains nues, le film ne prend pas le temps de souffler. C'est la loi du genre, me direz-vous, et vous aurez raison. J'ajouterai juste que, quitte à viser la surenchère, autant y aller franchement ! Jamais loin du nanar, l'humour vaseux en moins, Fast and furious 8 tient la route parce qu'il a quelque chose de foncièrement honnête. Bien évidemment, je dois mettre de gros guillemets sur ce que je dis pour sa défense: même s'il n'a rien de prétentieux, même s'il annonce clairement la couleur et ne se hausse jamais du col, le long-métrage ne vaut pas tripette. Le malin "plaisir" que j'y ai pris était décérébré. Les rares scènes de dialogue sont très convenues et d'une indigence rare - avec une conclusion-réconciliation, qui annonce déjà l'épisode suivant. Bref, j'ai regardé ça d'un oeil distrait, comme je l'aurais fait d'un feu d'artifices géant. Et le côté bourrin fonctionne (à peu près)...

Fast and furious 8
Film américain de F. Gary Gray (2017)

Il faudrait que je revoie Volte-face, que je citais jadis en référence du film "zéro neurone" (parce que son scénario était assez sympa). Pour ce qui est du film d'aujourd'hui, je le situerai plutôt à mi-chemin entre Taken et Expandables - et non, ce n'est pas un compliment ! Inutile de dire que je ne ferai pas de ce type de productions mon pain quotidien. Mais je ne peux exclure d'en voir d'autres avec des potes...

jeudi 11 mai 2017

Bizarrerie

Il introduit de la bizarrerie dans un quotidien très ordinaire: on dirait que Quentin Dupieux s'est donné pour mission de secouer le cinéma français à grands coups de films absurdes. J'ai en tout cas pu vérifier ce postulat devant Wrong, le quatrième de ses six longs-métrages sortis à ce jour. Je vous le dis sans barguigner: c'est du grand délire !

Pourtant, ça commence à peu près normalement, dans un faubourg américain lambda, où toutes les maisons semblent quasi-identiques. Dolph, le "héros", se réveille un matin et découvre avec une angoisse indicible que son chien a disparu. Bien plus étrange encore: le palmier qu'il avait commandé pour son jardin s'est transformé... en pin ! Plusieurs choses anormales se produisent, mais c'est presque logique finalement dans ce monde fictif: après tout, Dolph travaille toujours pour une société qui l'a licencié depuis des mois et dans un bureau commun avec ses ex-collègues, où il pleut en permanence. Le hasard et son envie de comprendre le logo d'une pizzeria le conduiront bientôt à rencontrer une standardiste nymphomane, qui le confondra ensuite avec un autre. C'est bon ? Vous n'avez rien compris ? Parfait. Wrong baigne dans le non-sens absolu et vous laisse analyser l'intrigue par vous-mêmes. Ou pas. Esprits trop cartésiens, s'abstenir.

À condition d'entrer dans le jeu, on peut toutefois passer un moment sympa devant cette pochade 100% barrée. Y apercevoir Eric Judor dans un petit rôle peut du coup nous servir d'accroche franchouillarde pour une distribution par ailleurs à 99% américaine (et méconnue). Bon... les plus cinéphiles parmi vous reconnaîtront peut-être aussi Jack Plotnick, William Fichtner ou d'autres, mais j'en doute, en fait. Vous voulez que je vous dise ? Peu importe: on ne regarde pas Wrong pour les acteurs ou pour l'histoire, mais pour la folie qui s'en dégage. Franchement, ça passe ou ça casse: à moins d'être un geek d'un genre très particulier, je ne pense pas que vous adorerez le film. J'imagine cependant que, si vous survivez aux premières minutes, son aspect absolument rocambolesque pourrait finir par vous plaire. Inutile alors de me demander si Dolph retrouve son chien: je ne spoilerai pas ! J'ajouterai tout juste qu'il vous reste bien d'autres choses à découvrir.

Wrong
Film franco-américain de Quentin Dupieux (2012)

Je reviens en arrière pour constater que j'avais vu des références dans Rubber, un autre film du réalisateur, que j'ai déjà présenté ici. Wrong, en revanche, me paraît ne ressembler qu'à lui-même ! Parfois, apprécier ce genre de spectacles est bon pour les neurones fatigués de trop d'autres histoires plus sérieuses. Je dois dire aussi que, sur le plan de la forme, ce long-métrage n'a RIEN à se reprocher.

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Je pourrais comprendre que vous soyez peu attirés...

Je vous conseille donc de lire aussi la chronique de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 10 mai 2017

Idées d'avenir

Je vais être honnête avec vous: je suis d'une nature écolo-sceptique. Rassurez-vous: je ne conteste pas l'impact désastreux que l'homme peut avoir sur le milieu naturel, mais disons que j'aime comprendre l'ensemble des phénomènes avant d'évoluer dans ma manière d'agir. Et j'ai regardé Demain avec ce prisme particulier, un peu "partisan"...

Demain est un documentaire de Mélanie Laurent et Cyril Dion. Mélanie est une jeune comédienne, mais pas une star: elle joue correctement, mais, autant le dire aussi, ne m'a jamais bouleversé. Cyril ? Je ne le connaissais pas. C'est son ami, apparemment. Connu surtout pour ses engagements divers, il a notamment été membre fondateur et porte-parole du mouvement Colibris, dont l'intervenant le plus connu est sûrement Pierre Rabhi, agriculteur bio et romancier. Pour les situer un peu mieux encore, j'ajouterai que Cyril et Mélanie sont tous deux trentenaires, nés respectivement en 1978 et 1983. Bref... leur film commun est incontestablement réussi. Son postulat initial consiste à proposer un petit tour du monde des pratiques intelligentes en termes d'éco-responsabilité, en dessinant un cercle vertueux lié aux procédés et enjeux alimentaires, énergétiques, économiques, démocratiques et éducatifs. Le champ est très ouvert !

Pour vulgariser des notions parfois complexes, Mélanie et Cyril dialoguent en voix off, tous deux convaincus visiblement, mais elle dans une posture de curieuse et lui plutôt dans le rôle du sachant. Rien à redire là-dessus: c'est bien ficelé et intéressant, a fortiori parce que, plutôt que de nous effrayer, ça illustre des problèmes concrets en apportant des idées de solutions déjà mises en oeuvre. D'un point de vue formel, c'est assez joliment mis en images et porté par un montage sans temps mort, ni raccord hasardeux: du cinéma malin et de qualité, donc, tel qu'on peut vouloir en voir plus souvent. J'ai regretté cependant que Demain soit moins ouvert sur le monde que je ne l'avais imaginé: rien n'est dit sur l'Afrique, par exemple. Autre (petit) bémol: une très légère tendance des deux réalisateurs associés à l'auto-mise en scène. Heureusement, tous les intervenants sont intéressants - et certains sont même vraiment passionnants. Couronné d'un César du meilleur documentaire, le film ne l'a pas volé. En fait, j'ai presque envie d'ajouter qu'il mériterait bien... une suite !

Demain
Documentaire de Mélanie Laurent et Cyril Dion (2015)

Voilà voilà... qu'est-ce que je pourrais ajouter à ce déjà long laïus ? Pas grand-chose, finalement. En dépit de mon écolo-scepticisme évoqué d'emblée, j'ai trouvé ce docu futé et honnête, deux qualités indéniables, mais aussi exempt de tout GROS défaut et "utile". N'hésitez pas à le voir s'il vous tente: il dit vraiment des choses importantes et qui méritent d'être débattues. Quitte à être partial...

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En bonus: une nouvelle étape franchie au Movie Challenge...

C'est facile, cette fois: je remplis l'objectif n°11 ("Un documentaire").

Et pour conclure, un petit mot sur mon (relatif) étonnement...
Je pensais que je trouverai plusieurs chroniques du film sur mes blogs préférés. Vérification faite, je n'en ai lu une que chez Pascale. Bon...

lundi 8 mai 2017

La tante égarée

Y aurait-il encore de la place pour les plaisirs simples dans ce monde brutal ? Ou, au moins, dans vos (en)vies à vous ? Si c'est le cas comme je l'espère, je vous recommande de voir Paris pieds nus, film sorti récemment dans un anonymat relatif - et peut-être mal diffusé. J'ai eu de la chance de le "repérer", grâce à ses acteurs-réalisateurs...

Fiona Gordon et Dominique Abel, ça vous dit quelque chose ? Le duo canado-belge d'aujourd'hui était auparavant un trio, renforcé encore par le Français Bruno Romy. Mais même avec un élément en moins dans le mini-groupe, ces drôles de saltimbanques au ton très original n'ont pas modifié leur recette: ils misent toujours sur le pur comique de situation et un jeu largement burlesque. Paris pieds nus oublie toute notion de réalisme pour composer une fable urbaine décalée. Quatrième long-métrage en commun, il démarre avec l'arrivée soudaine dans la capitale d'une jeune femme, lancée à la recherche d'une tante disparue. Bientôt, un clochard céleste viendra l'assister...

Le reste, découvrez-le tous seuls, na ! Si vous hésitez à vous lancer vers cette chose inconnue, je vous assure qu'il n'y a pas de quoi. Cerise sur le gâteau cinéphile: comme l'image d'illustration ci-dessus l'aura déjà fait comprendre aux esthètes, Paris pieds nus a offert son tout dernier rôle à la regrettée Emmanuelle Riva - qui y révèle une fraîcheur indiscutable et un talent comique certain. Il faut dire également qu'en bonus de grand luxe, on a droit à... Pierre Richard ! L'association de tous ces braves gens donne une petite merveille filmique, d'un genre rare et précieux dans notre bon cinéma français. Elle pourrait vous conduire à mieux goûter aux bonheurs du quotidien.

Paris pieds nus
Film français de Fiona Gordon et Dominique Abel (2017)

Je vous laisserai parcourir mon index des réalisateurs pour découvrir (ou retrouver) deux des trois films du trio Abel / Gordon / Romy. Irais-je jusqu'à les comparer au grand Chaplin ? Possible: leur humour particulier est mâtiné lui aussi de quelques considérations sociales. Disons qu'il tient du vrai cinéma populaire, au sens noble du terme. Pour ceux qui aiment le plus givré encore, il y a l'ami Aki Kaurismäki !

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Et hop ! J'avance d'un cran au Movie Challenge...

Objectif n°3 complété: "Un film tourné dans un lieu où je suis allé". D'accord, c'est vrai, j'aurais pu faire un peu plus original que Paris...