samedi 10 décembre 2016

Le monde avant Harry

Qu'est-ce que j'attendais au juste quand je suis allé voir Les animaux fantastiques ? Rien d'autre qu'un blockbuster facile à comprendre après une semaine chargée ? Hum... pas sûr. Je suis plutôt de ceux qui ont été attirés par le concept du préambule à la saga Harry Potter. Sans la moindre garantie alors d'y trouver le même plaisir d'enfant...

Bon... pour justifier qu'on les compare, le film d'aujourd'hui et les huit qui l'ont précédé partagent un élément-clé: la créatrice de l'univers magique, J. K. Rowling. L'auteure à succès des romans originels continue en outre, et depuis cinq films désormais, de faire confiance au même David Yates pour leur adaptation ciné. Je note cependant que, cette fois, un seul livre court devrait déboucher sur... une série de cinq longs-métrages - sauf si l'écrivain veut terminer son oeuvre écrite d'abord, ce dont je ne suis pas sûr à ce stade. Les animaux fantastiques n'est bien, pour l'heure, qu'une histoire inachevée. Concrètement, elle se déroule à New York, au début du 20ème siècle. Un sorcier anglais, Norbert Dragonneau (ou Newt Scamander en VO), s'efforce de récupérer toutes sortes de bestioles échappées du monde parallèle de ceux qui maîtrisent la magie. La métropole américaine traverse quant à elle des heures sombres, en proie à la fureur destructrice d'une force occulte. Précision: j'ai mis un bon moment avant de me plonger véritablement de ce récit. C'est un peu confus...

En fait, tout en trouvant le film de plus en plus clair au fil des minutes passées devant l'écran, il m'a semblé aussi qu'il courait trop de lièvres à la fois. L'enjeu dramatique numéro 1, ce serait, sauf grosse erreur de ma part, de préserver la non-connaissance par le monde humain connu de tous de celui des sorciers "initiés". Là, je dis: pourquoi pas ? Problème: j'ai eu le sentiment persistant que la trame narrative avançait à pas comptés et se perdait dans une foule de digressions. Or, parmi ce que j'aimais dans les Harry Potter, il y a surtout le fait que la saga marchait droit, en étant créative, mais sans explorer mille chemins de traverse. Patatras ! Les animaux fantastiques explose en tous sens et oublie un peu de doter ses personnages principaux d'un caractère fort. Ce n'est pas nul, mais c'est frustrant ! Après, pas question de jeter le bébé avec l'eau du bain: il ne s'agit finalement que du premier d'une nouvelle collection de films. J'attendrai donc - au moins - l'épisode deux pour me faire une idée plus juste. Et côté divertissement pur ? Mon bilan reste assez positif.

Les animaux fantastiques
Film américain de David Yates (2016)

En écrivant cette chronique, j'ai pensé qu'elle serait un peu complexe pour ceux qui n'ont pas les références Harry Potter antérieures. Hormis quelques petits détails, les néophytes devraient pouvoir comprendre le film, cela dit. J'y regrette un léger manque d'émotion. On reste dans le blockbuster, du type Miss Peregrine pour n'évoquer qu'un autre film de l'année. Bref... j'attends mieux la prochaine fois !

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Parmi les quelques avis lus ailleurs...

Je constate que celui de Pascale est même plus négatif que le mien. Inversement, Dasola fait pour sa part plutôt preuve d'enthousiasme. 

jeudi 8 décembre 2016

Génération désenchantée

Le nom de Peter Bogdanovic vous est-il familier ? Moi, avant d'avoir l'occasion de découvrir l'un de ses films, j'avais lu deux/trois choses assez favorables sur ce cinéaste américain né en 1939. En souvenir des soirées passées avec Eddy Mitchell quand j'étais môme, je tenais absolument à voir La dernière séance. C'est chose faite, désormais !

Alors ? J'ai beaucoup aimé ce film, sorti six ans avant que Schmoll n'interprète pour la première fois sa chanson mythique et onze ans avant les débuts de son émission télé sur les classiques du cinéma américain. Le scénario est minimaliste, au moins en apparence. L'idée est de filmer la vie de quelques jeunes (20-25 ans) dans un bled paumé du Texas, dans l'immédiate après-guerre. Hormis un billard dans un bistro et leur solidarité de bande, ils n'ont pas grand-chose pour se divertir et à peine un boulot minable à espérer pour la suite. Filles et garçons vont bien au cinéma, mais l'ultime salle du coin risque fort de tirer le rideau définitivement. Tout ça n'est pas drôle. Pourtant, La dernière séance touche quelque chose auquel je suis sensible. Il développe une certaine idée de la mélancolie, je dirais...

En arrière-plan, l'idée est que le passage à l'âge adulte est un cap difficile à franchir, voire une étape très ingrate. J'interprète peut-être exagérément ce qui est montré, mais La dernière séance évoque timidement la guerre de Corée - et il est sorti pendant celle du Vietnam ! Quelque chose me dit que c'est tout sauf un hasard. Attention: je ne veux pas dire que le film est militant et pacifiste. Simplement, il semble désabusé de tout "rêve américain" et porteur du désenchantement d'une partie de la jeunesse. J'y vois un film moderne, du coup, et franchement touchant, dans le même temps. L'usage du noir et blanc renforce cette impression de désolation. Quant aux acteurs, ils sont tous excellents. Une mention personnelle pour Ellen Burstyn, Cybill Sheperd, Jeff Bridges et Randy Quaid, connus de moi grâce à des films plus récents. Confirmation: j'aime plonger dans le passé du septième art pour y retrouver pareille perle !

La dernière séance
Film américain de Peter Bodganovic (1971)

Les jeunes, la glande, la musique, le ton désenchanté... ça vous dit quelque chose ? Certains voient une parenté avec American graffiti. Ami(e)s au coeur tendre, soyez prévenus: le film de George Lucas s'avère plus léger... mais je préfère celui de Peter Bogdanovic. Pourquoi ? Parce que capter ainsi l'humeur incertaine de la jeunesse me paraît assez peu évident. Même si d'autres y parviennent aussi...

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Vous voulez un autre avis ?

J'en propose trois: ceux du duo "Elle et Lui" et celui de Princécranoir.

mardi 6 décembre 2016

À la découverte de Sentinelle

Nous revoilà au 6 du mois ! Fil rouge oblige, il est temps pour moi d'évoquer un autre blog que je visite souvent: celui de Sentinelle. J'avoue que j'ai un peu oublié depuis quand nous nous lisons réciproquement. Ce que je sais, c'est que les archives de Sentinelle remontent à 2008. Depuis, elle a déjà dépassé les 1.100 chroniques !

Bien qu'appuyé sur la même plateforme Blogger, "Chez Sentinelle" s'avère un blog bien différent du mien. Dans un style très personnel caractérisé par sa fluidité rédactionnelle, notre chroniqueuse présente (plus ou moins) régulièrement ses passions artistiques et raconte ponctuellement ses voyages. Souvent très illustrées, et pas seulement de photos d'ailleurs, ses pages sont toujours pour moi un régal à lire. Sentinelle ne dénigre rien ni personne, mais fait des choix: elle met surtout en valeur ce qu'elle aime et ce sont souvent de belles choses. Du cinéma, elle fait un usage assez gourmand, en "picorant" des films venus de tous les horizons et de toutes les époques. Et j'aime cela...

Toujours curieux d'en savoir (un peu) plus, j'ai soumis à Sentinelle mes questions embobinées. Elle m'a fait le grand plaisir de répondre volontiers à quelques-unes. Ce qu'elle confie me paraît très révélateur de son esprit curieux et ouvert. À vous donc de la lire et d'en juger...

Sentinelle, je te propose de voir un film. Qu'est-ce qui te fera accepter ?
Que tu me dises que le réalisateur est important pour toi et que tu as envie de me le faire découvrir. Ce n'est jamais anodin, le choix d'un réalisateur qu'on aime particulièrement, c'est une rencontre dans notre vie. Il y a comme des résonances et des échos qu'on ressent au plus profond de soi, sans toujours pouvoir le mettre en mots. Je serai en tout cas attentive à ta proposition, car tu me révèleras aussi des choses de toi par ce choix, peut-être sans que tu t'en aperçoives.

Comment choisis-tu les films que tu vas voir ?
Les influences sont très nombreuses. Une interview, un sujet, un réalisateur, un acteur, une émission de télé ou de radio, un magazine. Les blogs aussi, bien évidemment. Ceci dit, je ne vais jamais voir un film les yeux fermés pour la seule raison que j'aime bien le réalisateur. Il faut qu'il me donne envie... sinon, je passe. Tiens, voilà quelque chose qui est très important pour moi: je dois absolument avoir envie de voir le film ! Je ne suis pas "movies addict". Je ne ressens pas le besoin ni l'envie de voir tous les films d'un réalisateur ou la majorité de ceux qui sortent en salle. J'évite aussi de voir plus d'un film le même jour. Quand j'en ai aimé un, j'aime aussi qu'il m'accompagne quelques heures encore, qu'il continue à m'habiter en quelque sorte. Je n'ai donc aucune envie de passer à un autre dans l'immédiat. Quand j'ai détesté un film, il me faudra parfois quelques jours avant de m'en remettre. Je veux dire par là que je ne verrai probablement plus de films dans les jours qui suivent. Le cinéma est un art qui m'apporte le plus de déception, alors parfois il m'arrive de le bouder.

Quels sont tes cinq derniers vrais coups de coeur de cinéma ?
On parle bien des films vus au cinéma ? Mes coups de coeur au cinéma ne sont pas souvent de "grands films qui passeront à la postérité". Mais ils ont "ce petit quelque chose en plus" qui fait la différence pour moi. Et je pense que leurs maladresses ou leurs imperfections, s'il y en a, y contribuent également. Alors, mes choix:
- Boris sans Béatrice de Denis Côté,
- Viva de Paddy Breathnach,
- L'effet aquatique de Sólveig Anspach,
- L'étreinte du serpent de Ciro Guerra,
- Les premiers les derniers de Bouli Lanners.

Qu'est-ce qui te décide à parler d'un film sur ton blog ?
Je parle très peu des films que je n'ai pas aimés. Et je ne vais pas forcément parler d'un film pour lequel j'ai eu un coup de coeur, par manque de temps souvent. Je crois que ce qui me motive le plus, c'est parler d'un film passé un peu inaperçu d'un réalisateur pas forcément connu, un film qui n'a peut-être pas eu une grande diffusion, un peu oublié, que je n'ai pas adoré mais que j'ai aimé malgré ses faiblesses et qui mérite selon moi d'être (re)découvert. C'est mon syndrome Chiens perdus sans collier, ou encore Défenseur de la veuve et de l'orphelin.

Dix personnalités de cinéma à choisir... qui retiens-tu ?
Andreï Tarkovski,
François Truffaut,
Luchino Visconti,
Jane Campion,
Elia Kazan,
Werner Herzog,
Akira Kurosawa,
Orson Welles,
Clint Eastwood,
Ken Loach.

Quels seraient les dix films que tu me conseillerais ?
Facile !
1/ Ninotchka (1939) d'Ernst Lubitsch...
Parce que Greta Garbo rit, puis surtout parce que Lubitsch.

2/ Ève (1950) de Joseph L. Mankiewicz...
Parce que tu aimes quand le cinéma parle de cinéma.

3/ Convoi de femmes (1951) de William A. Wellman...
Parce que c'est un western.

4/ Les ensorcelés (1953) de Vincente Minnelli...
Idem qu'au point 2.

5/ Andreï Roublev (1966) d'Andreï Tarkovski...
Parce que c'est un grand film.

6/ Le messager (1970) de Joseph Losey...
Parce qu'il a été Palme d'or au Festival de Cannes 1971. Tu pourras l'ajouter à ta liste !

7/ Samson & Delilah (2009) de Warwick Thornton...
Parce que l'Australien Warwick Thornton est aussi un aborigène et qu'il est intéressant de découvrir son point de vue sur sa culture.

8/ Le jour des corneilles (2011) de Jean-Christophe Dessaint...
Parce que c'est un très bon dessin animé français.

9/ Les fraises des bois (2012) de Dominique Choisy...
Parce que c'est un film français à petit budget mais au ton décalé qui mérite d'être découvert.

10/ Baby Balloon (2013) de Stefan Liberski...
Parce que c'est un film belge à petit budget mais tellement sympathique.

Quelle place sur ton blog pour autre chose que le cinéma ?
Mon blog n'est pas un blog de cinéma, mais d'art et de culture en général, comme la peinture, la littérature, la photographie, la sculpture, la musique. Je publie parfois quelques photos de mes voyages. Bref, c'est très ouvert et en fonction de l'intérêt cela suscite en moi.

Avec le cinéma, quel art préfères-tu ?

Il m'est totalement impossible de choisir un art par rapport à un autre. J'aime tout type d'art susceptible de m'enthousiasmer ou de m'émouvoir. J'ai presque envie de dire que l'art me permet de me réconcilier avec le genre humain (particulièrement la peinture et la musique). Oui, je sais, c'est pompeux comme phrase mais c'est comme cela que je le ressens. Je suis carrément accro à la culture et en manque si je n'ai pas ma dose.

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Il me reste à remercier Sentinelle...
Après ses réponses, son petit message de sympathie m'a touché. Maintenant, je vous laisse (re)lire le bien nommé "Chez Sentinelle"...

lundi 5 décembre 2016

Juste un imposteur

Il m'a fallu un peu de temps pour me rendre compte que j'avais vu consécutivement deux films où les personnages... jouent un rôle. Remarquez, pas étonnant: les faux semblants sont une valeur sûre pour bâtir une intrigue et le cinéma est lui-même art d'illusion. Aujourd'hui, je souhaite en fait vous parler d'Un héros très discret...

Ce film aussi plonge ses racines dans la littérature et un roman originel de Jean-François Deniau (1928-2007), ancien diplomate français connu pour avoir été commissaire européen, secrétaire d'État et député. L'histoire qui est racontée ici nous ramène au temps incertain de la Libération. Albert Dehousse, un encore jeune homme rêvant d'être célèbre, vit seul avec maman, au milieu de la France profonde. Un environnement toxique qu'il finit par fuir, tombant alors sous la coupe d'un drôle de capitaine pour s'inventer progressivement un passé glorieux dans la Résistance. De très gros mensonges qui, assénés avec aplomb, lui permettront de se faire une place dorée parmi le gratin des anciens combattants, boulot de prestige à la clé ! Est-ce que j'ai tout dit ? Que non ! J'en ai simplement dit beaucoup...

Je n'ai pas lu le livre et suis donc incapable de vous dire déjà si le film lui est fidèle. Ce que j'ai ressenti, c'est que l'histoire de Dehousse n'intéressait qu'assez peu Jacques Audiard réalisateur, qui signait alors son deuxième long-métrage (avant ses grands succès aux César et à Cannes). Et puis, le texte le dit aussi: "Les plus belles histoires sont celles qu'on invente". J'ai plutôt été sensible à la mise en scène et au montage, en fait. La caméra virevolte ou pose des cadres déroutants, parfois, en enchaînant images du passé et du présent. Histoire d'encore brouiller les pistes, Un homme très discret s'appuie aussi sur les vrais/faux témoignages de personnes susceptibles d'avoir croisé la route du mystificateur en chef. Il faut s'accrocher ! Bien que virtuose, ce style peut finir par lasser, à force de confusion. On a tout à fait le droit de ne pas être touché par l'exercice de style. Moi, je l'ai plutôt savouré, mais je n'en ferai pas mon pain quotidien.

Un héros très discret
Film français de Jacques Audiard (1996)

Vous l'aurez remarqué: je n'ai rien dit de la kyrielle de bons acteurs engagés dans cette histoire. Mathieu Kassovitz est très convaincant et parfaitement secondé par Albert Dupontel, Sandrine Kiberlain, François Berléand, etc. Bon boulot de Jean-Louis Trintignant, aussi ! Sur une intrigue similaire, Pierre Niney ne fait pas vraiment le poids avec Un homme idéal. Mais voilà, je ne crie pas non plus au génie...

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Vous voulez en savoir plus ?
Je vous renvoie donc vers "L'oeil sur le grand" et "Le blog de Dasola". 

samedi 3 décembre 2016

Arnaques (au pluriel)

Que savons-nous des autres ? Quand j'y réfléchis, je me dis que l'un des mérites du cinéma est de sans cesse nous poser cette question. Ainsi, moi qui me crois assez ouvert à la différence, je constate également qu'il m'arrive de ménager des petites cases pour y ranger mes découvertes. Les Asiatiques seraient ainsi "subtils et raffinés"...

Pourtant, subtil et raffiné, ce ne sont pas forcément les adjectifs appropriés pour évoquer Mademoiselle, le premier film du réalisateur coréen Park Chan-wook depuis son retour des États-Unis. Je vais dire deux mots seulement de l'intrigue pour vous donner une petite idée des enjeux: dans la Corée des années 30, en pleine période d'occupation japonaise, une bande de brigands convoite la fortune d'une jeune noble nipponne et, pour mieux la dépouiller ensuite, place auprès d'elle une complice, sous l'apparence d'une simple domestique. Depuis cette idée assez banale, le film déploie ensuite son scénario en un triptyque narratif franchement vénéneux et deux heures vingt environ. Les deux premières parties se répètent, mais en abordant l'histoire d'un point de vue différent. La troisième y met le point final... et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est assez "costaud" ! J'imagine que certains trouveront le film outrancier. Ou déplaisant...

Pour ma part, j'ai pris un vrai plaisir à découvrir ce "puzzle" cinématographique. Aussi gros soient-ils, je n'avais pas vu venir certains rebondissements. À la réflexion, je me dis en fait qu'il faut laisser l'idée de vraisemblance de côté pour apprécier Mademoiselle. Park Chan-wook semble avoir pris un malin plaisir à nous en mettre plein la vue pour mieux nous endormir. La seule approche esthétique du film a été pour moi un ravissement: actrices, acteurs, costumes, décors, mouvements de caméra... j'ai été embarqué tout du long. Comme devant un pudding: au gré de son appétit, on savourera chaque nuance de sucre, on s'en rassasiera ou on s'en sentira finalement écoeuré. Plus que pour beaucoup d'autres productions cinématographiques, je crois bien qu'il est difficilement possible d'avoir une vision unique de celle-là. Surprise: elle s'inspire librement de Fingersmith, un roman signé de la Britannique Sarah Waters, publié en 2002 et inscrit dans le cadre de l'Angleterre victorienne. Bref, je vais continuer à m'interroger sur ce que je sais des autres...

Mademoiselle
Film coréen de Park Chan-wook (2016)

Présenté à Cannes cette année, le long-métrage a fait chou blanc. Pourtant, je l'ai trouvé plus marquant que Old boy, reparti en 2004 avec le Grand Prix du jury... alors présidé par Quentin Tarantino. L'aspect explicite (voire fétichiste) de leur cinéma respectif rapproche les deux réalisateurs, mais je crois bien que je préfère le Coréen. Disons en tout cas que j'espère voir d'autres de ses films pour juger...

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Je vois aussi que notre ami fait parler...

Son dernier opus est ainsi présenté chez Pascale, Dasola et Strum. L'opportunité de constater qu'il ne fait pas (exactement) l'unanimité.

vendredi 2 décembre 2016

D'autres soleils

C'était inévitable (ou presque): avoir accepté de la présenter au cours d'une soirée de mon association m'a conduit à voir deux fois La mort de Louis XIV en l'espace d'une petite semaine. Je me suis interrogé ensuite sur la figure du roi-soleil au cinéma. J'ai ainsi pu constater qu'il avait porté des dizaines de visages. En voici quatre exemples...

L'un des plus insolites pourrait bien être celui de Thierry Lhermitte. Tout à gauche sur la photo, l'ex-Bronzé est sûrement sous le charme de Sophie Marceau, que guigne aussi Bernard Giraudeau / Molière. Sorti en 1997, Marquise, un film de Véra Belmont, bénéficiait alors d'un casting XXL, avec également - et entre autres - un trio secondaire hétéroclite: Anémone, Lambert Wilson et Patrick Timsit. Quelqu'un parmi vous a-t-il pu juger du résultat ? Je suis curieux. Wikipédia assure qu'à l'époque de son exploitation en salles, le film suscita une vive polémique entre Sophie Marceau et sa réalisatrice. Bilan: il n'aurait fait qu'un peu moins de 490.000 entrées. Faiblard...

Porté par une autre dynamique fictionnelle, Le roi danse s'en sortit encore moins bien, Benoît Magimel et son personnage de Louis XIV passionné de ballet n'attirant en 2000 qu'environ 425.000 spectateurs. Cette fois encore, Molière n'est pas très loin, et vous savez peut-être combien cet autre grand homme a parfois été magnifié au cinéma. Bref... cet film particulier ne rencontra qu'un succès d'estime, appuyé notamment par trois nominations aux César. Sans l'avoir vu, je note qu'il est révélateur de la passion d'esthète de son auteur, le cinéaste belge Gérard Corbiau, pour les arts et les grands films en costumes. Je ne suis pas sûr que ce soit très moderne, mais bon... peu importe.

La vision de Randall Wallace (qui ?) de L'homme au masque de fer n'apporte pas forcément un bien meilleur film. Cette grosse machine américano-britannique autour d'un personnage mystérieux popularisé par Alexandre Dumas père envoie toutefois du lourd côté casting. J'imagine que vous aurez reconnu Leonardo DiCaprio en Louis XIV ! J'ajoute que vous y retrouverez aussi Jeremy Irons, John Malkovich, Gérard Depardieu et Gabrielle Byrne en mousquetaires, sans parler des rôles féminins confiés à Anne Parillaud et Judith Godrèche. Distribution royale, oui, et le film, sorti en 1998, dépassa en France les deux millions d'entrées. Je n'en garde aucun souvenir marquant...

En fait, vous savez quoi ? J'ai l'impression qu'en plus de le regarder mourir chez Albert Serra, le cinéma fait faire un peu n'importe quoi au roi-soleil. J'ignore s'il se trouvera un amateur assez "courageux" pour distribuer en France The king's daughter - connu également sous le titre The sun and the moon. Ancien James Bond très moyen dans quatre des épisodes de la saga, l'Irlandais Pierce Brosnan y joue un Louis XIV soucieux d'acquérir... l'immortalité ! Et que fait-il donc pour cela ? C'est évident, non ? Il cherche à récupérer l'énergie vitale... d'une sirène ! Le film est censé sorti aux États-Unis l'année prochaine. Pas sûr que ça soit une très bonne nouvelle, à vrai dire...

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Bon, allez, petit bilan provisoire...
Je n'ai pas cherché très loin pour écrire cette chronique (incomplète). Au final, un nanar et quelques longs-métrages peu mémorables ! Drôle d'image de la monarchie... je reste donc preneur de tous vos conseils.

jeudi 1 décembre 2016

Marty dans l'Ouest

Quand on y réfléchit, on constate aisément que toutes les trilogies n'autorisent pas à regarder chacun de leurs épisodes individuellement. J'ai même tendance à penser que, dans un monde où les producteurs de cinéma imaginent d'emblée les suites, un premier opus n'a de sens qu'après visionnage des deux autres. Il y a toutefois des exceptions...

Un exemple: quand j'ai revu Retour vers le futur 3, il s'était passé presque six ans (!) depuis ma dernière soirée avec l'épisode deux. Est-ce parce que je connais par coeur les aventures de Doc et Marty ? Possible, mais je constate que j'ai facilement raccroché les intrigues entre elles. Pour les néophytes, je souligne qu'il s'agit ici de suivre principalement les pérégrinations dans le temps d'un jeune Américain "ordinaire" et de son aîné et ami, un savant aussi fou que génial. Partis de 1985, nos deux compères s'étaient déjà évadés en 1955, puis dans un 2015 très peu conforme au vrai. Ils se retrouvent finalement en 1885, en plein far west, pour un ultime tour de piste...

Bonne nouvelle: sauf à chipoter, cette fin est aussi drôle et sympa que ce qui l'a précédé. Les quelques voyages temporels y ont toutefois un impact moins significatif sur le déroulé de l'intrigue, mais l'idée demeure qu'une action dans le passé a des conséquences immédiates sur ce qui se passera à l'avenir. Logique, non ? Si vous en doutez encore aujourd'hui, demandez-vous ce qui se serait passé pour vous si vos parents ne s'étaient jamais rencontrés. Le fait est que Retour vers le futur 3 continue de rire de cette situation, en obligeant Doc et Marty à intervenir pour préserver un destin auquel ils sont tous deux attachés - à tous les sens du terme ! Ce film réveillera forcément la nostalgie de ceux qui, comme moi, étaient encore ados au moment de sa sortie. Je peux vous le dire: ses rides lui vont bien.

Retour vers le futur 3
Film américain de Robert Zemeckis (1990)

Le réalisateur est toujours actif aujourd'hui, avec moins de succès toutefois. Avec Richard Donner, Joe Dante et d'autres, il fait partie d'une génération dorée, souvent suivie de près par Steven Spielberg producteur. Du cinéma américain de divertissement, mais du bon ! Toute la trilogie Retour vers le futur se tient en elle-même. Inutile donc de chercher mieux, si ce n'est au gré... des épisodes un et deux.

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Pour d'autres regards, je peux toutefois vous orienter...

Chonchon a aussi vu toute la trilogie... et elle l'a aimée également. Ideyvonne, elle, préfère comme toujours mettre en avant les images.

mercredi 30 novembre 2016

Janine et Jeannette

Les chiffres ont leur vérité: ils me disent que je ne vois que très peu de films d'avant les années 50. Paradis perdu m'offrait l'opportunité rare d'en découvrir un de 1940, tout en ajoutant le nom d'Abel Gance à la liste des grands réalisateurs que je "connais". Je l'ai donc regardé avec un certain ravissement, même si son récit est très pathétique...

Dans le Paris de 1914, le hasard place sur la route de Pierre Leblanc, peintre et dessinateur, une toute jeune femme prénommée Janine. Elle est belle, résolument, naïve, évidemment, et il tombe amoureux, forcément. La guerre sonnera bientôt la fin de l'idylle: sur le front, Pierre apprendra que sa bienaimée est morte en couches. Meurtri comme jamais, il confiera son enfant aux bons soins de l'assistance. Puis, après quelques années de deuil, il finira par reprendre le cours de sa vie avec cette petite Jeannette, qui révélera une ressemblance troublante avec feue sa maman. J'imagine à quel point cette histoire devait bouleverser les Français de l'époque. Et elle m'a touché aussi...

Il m'a toutefois fallu consulter une source écrite pour être convaincu que c'est une seule actrice - la jeune Micheline Presle - qui interprète chacune des deux femmes, Janine et Jeannette. Pierre, lui, est joué par l'acteur belge Fernand Gravey: depuis le mot "fin", quelque chose me dit que je l'avais déjà vu ailleurs... mais je reste bien incapable de dire où. Peu importe: Paradis perdu est à prendre tel qu'il est. Évidemment datée, l'intrigue qu'il propose n'en met pas moins quelques paillettes dans les yeux. Elle se montre assez audacieuse quand elle inverse le schéma ultra-classique de l'homme mort au front et de la veuve éplorée. Si j'en crois les spécialistes, j'ai vu un film "mineur" d'Abel Gance: le fait est pourtant qu'il m'a beaucoup plu. C'est dire finalement que j'ai bien d'autres plaisirs en perspective ! Découverte après découverte, tout me confirme que le cinéma ancien dissimule bien des trésors, que je serais bête de négliger. À suivre...

Paradis perdu
Film français d'Abel Gance (1940)

C'est un fait: ma cinéphilie s'accorde tout à fait avec ce type de films anciens, portés par les grands sentiments. Je ne vois aucune raison pour les bouder ! Ils sont sûrement les héritiers des grands chefs d'oeuvre du muet, comme L'aurore. Qui s'intéresse au vieux cinéma français et populaire se tournera sans hésiter vers Le jour se lève. J'espère avoir l'opportunité de remonter d'autres perles à la surface...

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Si vous misez sur d'autres pêcheurs...
Vous lirez avec joie "L'oeil sur l'écran" et "Sur la route du cinéma".

lundi 28 novembre 2016

La double vie de Gabrielle

Je ne vais pas prétendre le contraire: Marion Cotillard ne compte pas que des admirateurs parmi les cinéphiles de France et de Navarre. Pour ma part, je peine souvent à l'oublier derrière ses personnages. C'est donc avec une pointe d'inquiétude que j'ai choisi d'accompagner mes parents pour rattraper Mal de pierres - sorti dès la mi-octobre...

La môme y apparaît d'abord dans le tailleur chic d'une femme mariée et mère d'un jeune garçon. Les premières images nous montrent Gabrielle, son mari et son fils se rendre en taxi à un rendez-vous important quand tout à coup, la jeune femme descend de voiture après avoir aperçu la plaque nominative d'une rue. Les explications seront données au fil d'un récit logiquement romanesque, puisque tiré du livre (éponyme) de la romancière italienne Milena Agus. Je passe volontairement sur les détails de ce récit, mais consens à vous dire tout de même que la plus grosse partie de ce Mal de pierres consiste en un flashback, pour nous narrer la vie - tourmentée - de l'héroïne...

Puisque tout cela court sur une bonne vingtaine d'années en partant d'abord de l'immédiate après-guerre, on peut également parler de film d'époque. De ce point de vue, j'y vois sincèrement une belle réussite. Soignée et portée par une photo admirable, la mise en scène a su m'embarquer dans cette histoire, sans doute un peu moins classique qu'il n'y paraît de prime abord. Une fois n'est pas coutume: j'ai trouvé aussi que Marion Cotillard jouait sa partition avec subtilité, en phase d'ailleurs avec un bon duo masculin, Àlex Brendemühl / Louis Garrel. On m'objectera que la figure du triangle amoureux est très ordinaire au cinéma - et peut-être également dans la "vraie vie". C'est un fait que je ne nie pas, mais j'objecterai à mon tour que Mal de pierres réserve une surprise à ceux qui croient avoir d'emblée tout compris. Cela aura suffi à mon bonheur du jour, en me donnant du coup également envie de lire le roman. C'est à vous de juger, maintenant !

Mal de pierres
Film français de Nicole Garcia (2016)

Outre des calculs rénaux, une autre pathologie affecte la femme courageuse dont le long-métrage dresse le portrait: en fait, j'ai pensé en la voyant à l'Italienne de Respiro (et je n'en dirai rien de plus !). Certains critiques osent un parallèle - audacieux - avec Sixième sens ou Shutter Island... dans un tout autre environnement géographique. Une fois éventés, les secrets perdent bien sûr un peu de leur valeur...

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Le film rencontre-t-il le succès ?
Mouais... il n'a attiré qu'un peu plus de 643.000 personnes en France. Parmi elles, mon amie Pascale. Dasola, elle, s'est arrêtée au bouquin.

dimanche 27 novembre 2016

Soleil couchant

Bien ! Ainsi que je l'ai promis avant-hier, je vais évoquer aujourd'hui un film que j'ai présenté à une soirée de mon association, à savoir l'opus 2016 du cinéaste catalan Albert Serra: La mort de Louis XIV. Inutile d'aller chercher midi à... quatorze heures: le long-métrage illustre bien les derniers jours du roi-soleil, à la toute fin d'août 1715.

J'en conviens: il existe des idées de cinéma plus enthousiasmantes pour un dimanche. Reste que ce film, tourné dans une seule pièce d'un château de Dordogne, n'est absolument pas dépourvu d'intérêt. Première évidence: ses images sont souvent splendides, "cousines" animées des tableaux des plus grands maîtres flamands. L'ambiance sonore mérite elle aussi d'être mentionnée: la mise en scène donne souvent à entendre ce que l'on ne voit pas - une fête dans une salle voisine, un oiseau qui pépie, un orage... c'est vraiment remarquable ! Malgré son sujet, La mort de Louis XIV n'est donc pas une oeuvre plombante. Mais, autant le dire, c'est une oeuvre des plus exigeantes.

Y retrouver Jean-Pierre Léaud dans le rôle principal renforce le côté attractif de la chose: l'enfant révélé par François Truffaut a 72 ans aujourd'hui, soit presque l'âge de son personnage, et s'était contenté d'apparitions fugaces pour l'ensemble de ses dernières prestations. Ici, de fait, il impose en majesté la puissance de son jeu. Les acteurs qui l'accompagnent n'ont pas à rougir, mais je ne vous en ferai pas une présentation détaillée: à vrai dire, je n'en connaissais aucun ! D'ailleurs, c'est aussi la toute première fois qu'Albert Serra a travaillé avec des comédiens professionnels; ils l'ont, dit-il, bien aidé à écrire ses dialogues. Attention aux raccourcis faciles: La mort de Louis XIV n'est pas un reflet de la France actuelle, dixit son créateur. À ceux que l'histoire de France passionne, je souhaite indiquer également que le film est très documenté, son scénario s'appuyant sur les écrits de deux contemporains du roi, Saint-Simon et le marquis de Dangeau.

La mort de Louis XIV
Film franco-espagnol d'Albert Serra (2016)

On est bien loin ici de l'exubérance tapageuse d'un Marie Antoinette ! Costumes exceptés, le travail d'Albert Serra et de ses équipes rappelle plutôt celui de Michael Haneke pour son Amour. Faut-il y voir aussi une forme d'art contemporain ? Je crois bien. En effet, le cinéaste catalan avait d'abord reçu une commande pour une performance d'artiste au centre Georges-Pompidou. Voies dérobées de la culture...