mercredi 22 mars 2017

Un mot sur Naomi

Je vous ai parlé il y a pile un mois de La forêt de Mogari. Dernièrement, parce qu'il m'avait été demandé de le présenter publiquement, j'ai revu Still the water. J'ai aimé ces deux films japonais et ils m'amènent à évoquer leur réalisatrice: Naomi Kawase. Une signature que je vais essayer de suivre lors des années à venir...

Naomi Kawase est née le 30 mai 1969. Elle s'est d'abord fait connaître grâce à ses documentaires. Longs ou courts, elle en a réalisé douze entre 1992 et 2006. Beaucoup s'inspirent de sa vie, à ce qu'il paraît. J'apprécie d'ailleurs tout particulièrement le regard de la cinéaste. D'après ce que je crois avoir compris en regardant les deux films suscités, oeuvres de fiction, elle n'hésite jamais à introduire un peu de réalité dans son imaginaire. Elle dit aussi qu'en général, elle évite scrupuleusement d'établir des plans de tournage vraiment détaillés. Son idée est de garder la faculté de saisir l'émotion qui se présente inopinément. Une méthode que je trouve intéressante et séduisante !

Naomi Kawase est une habituée du Festival de Cannes: elle y a gagné la Caméra d'or en 1997 et le Grand Prix du jury dix ans plus tard. Augure favorable ? Certains médias spécialisés supputent qu'elle sera de retour sur la Croisette cette année, avec bien sûr un nouveau film. Il s'agirait d'une fiction, sous le titre Hikari (Lumière, en français). L'histoire tournerait autour de la rencontre d'un caméraman souffrant d'un trouble de la vue et d'une jeune femme déconnectée de la réalité. J'espère trouver d'autres infos plus concrètes d'ici quelque temps. Auparavant, un rappel: Naomi Kawase a un double record à battre. Son film précédent, Les délices de Tokyo, reste son plus gros succès au Japon... et en France (avec 300 429 tickets vendus chez nous). Avec un bouche-à-oreilles positif, je suis sûr qu'elle peut faire mieux !

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Et maintenant, je vous donne la parole...

Connaissez-vous Naomi Kawase ? Avez-vous vu l'un de ses films ? L'avez-vous apprécié ? En un mot, les ami(e)s: je veux TOUT savoir !

lundi 20 mars 2017

Une fuite en poésie

C'est la première fois cette année: aujourd'hui, je vous conduis jusqu'en Amérique latine. Au départ, même s'il était bel et bien entré dans mes radars, je n'avais pas spécialement prévu de voir Neruda. Finalement, un concours de circonstances a fait que je l'ai présenté lors d'une soirée de mon association. J'ai donc pris la route du Chili...

Au mitan des années 40, soit un peu après la fin de la Seconde guerre mondiale, un dénommé Gabriel González Videla a pris les commandes du pays. Son ancien allié politique, le sénateur Pablo Neruda, tombe en disgrâce. Malgré sa notoriété de poète, il  passe pour un traitre politique et, à ce titre, se retrouve rapidement en cavale, poursuivi par une police secrète. Dans le film, pas du tout décidé à se laisser intimider, il fait des sauts de puce pour échapper à la répression. Fuir réellement dans un pays lointain est encore pour lui une option inimaginable. Bref... pas plus que le film, je n'ai envie de justifier mon propos par des éléments détaillés sur l'histoire récente du Chili. Neruda s'inspire certes de faits réels, mais il ose les mettre en scène de telle sorte que la vraisemblance ne compte plus guère. Étonnant !

Comme son réalisateur l'a de fait souligné lui-même, le long-métrage redistribue les cartes du genre et, d'abord récit politique, se montre tour à tour comme un film policier, une comédie ou un western. Régulièrement, en voix off, un narrateur donne également un sens très particulier aux images: il s'agit alors de livrer le point de vue imaginaire d'Oscar Peluchonneau, le flic qui traque le poète. L'abondance du texte exige une certaine concentration: il me faut vous confier qu'au départ, j'ai eu quelque difficulté à suivre - et ce d'autant que le film est beau et presque toujours en mouvement. Finalement, et bien que je ne parle pas espagnol, Neruda est parvenu à me faire entendre sa petite musique, pas très éloignée d'une forme de poésie. C'est un film comme je n'en ai pas vu beaucoup ! Un mot pour terminer sur les deux acteurs principaux: la proie Luis Gnecco est très bien, mais Gael Garcia Bernal est encore mieux en chasseur. Peut-être qu'en voyant le film, vous constaterez aussi que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles n'en ont l'air. Je n'en dis pas plus...

Neruda
Film chilien de Pablo Larraín (2016)

Du même réalisateur, je n'avais vu que No, un film très intéressant sur les derniers jours de la dictature d'Augusto Pinochet. Ces portes ouvertes sur l'Amérique du Sud valent le détour, sans être toutefois des incontournables à mes yeux. Je vous laisse également parcourir mon "Cinéma du monde" pour d'autres visions de ce que peut être aujourd'hui le cinéma chilien: La nana, Voix off, Poesía sin fin, etc...

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Et qu'en pensent donc mes petits camarades ?

Vous pouvez lire les avis de Pascale, Sentinelle, Strum et Eeguab.

dimanche 19 mars 2017

Déjà le printemps

Rassurez-vous: je sais très bien que nous sommes encore en hiver pour une journée. La saison du renouveau que j'annonce en titre concerne seulement le septième art: dès aujourd'hui et jusqu'à mardi inclus, on fête le Printemps du cinéma. Les 5.700 salles françaises participantes offrent un ticket "plein tarif" à quatre euros seulement !

L'année dernière, cette opération rituelle et populaire avait permis d'écouler 2,5 millions de places, toujours à l'échelle du territoire national. Pour vous faire une idée, je précise qu'environ 213 millions de billets ont trouvé preneur tout au long de ce même millésime 2016. Sauf erreur de ma part, cette année, aucun véritable objectif chiffré n'a encore été annoncé. Bon, et alors ? Ce n'est pas très important. Méfiez-vous des statistiques précoces et allez plutôt voir des films ! Vous aurez bien le temps ensuite de calculer tout ce qui vous plaira...

Pour celles et ceux d'entre vous qui aimeraient avant tout le cinéma pour les acteurs, je signale que la promo de ce Printemps 2017 s'appuie sur un court-métrage de Félix Moati. D'une durée inférieure aux deux minutes, ce petit film met en scène deux jeunes comédiens qui me sont très sympathiques, Anaïs Demoustier et Guillaume Gouix. Pas de quoi se relever la nuit, mais pas de quoi rougir non plus. Consensuel, ce "clip" rappelle un vieux Woody Allen, mais son casting en incitera peut-être certains à donner sa chance au cinéma français. Je n'ai pas vraiment d'incontournable à vous conseiller aujourd'hui. Qu'importe vos choix à venir: je vous souhaite plaisirs et émotions...

vendredi 17 mars 2017

Là-haut

Je n'ai pas vraiment eu de surprise majeure en regardant The walk. Après coup, je me dis que le film devait être spectaculaire au cinéma et faire partie de ceux qui utilisent judicieusement l'effet 3D relief. Peut-être pas au point d'avoir des regrets: j'ai passé un moment agréable dans mon canapé et, pour tout dire, j'ai su m'en contenter...

Sous-titré Rêver plus haut, The walk condense un peu de l'existence du Français Philippe Petit. Né en Seine-et-Marne en août 1949, ce fils d'un ancien pilote militaire s'est fait connaître comme funambule ! J'évite d'entrer dans les détails: Wikipédia renseignera idéalement ceux d'entre vous qui veulent en savoir plus avant de lancer le film. Dans sa première partie, celui-ci évoque les années d'apprentissage. C'est plutôt bien ficelé, dans une ambiance à la Amélie Poulain. Joseph Gordon-Levitt regarde directement la caméra ou nous parle par la voix off: techniques ultra-explicites classiques du cinéma US. C'est très progressivement que le long-métrage va finir par décoller...

L'idée est alors de faire monter la mayonnaise pour nous permettre d'assister au plus incroyable "numéro" de Philippe Petit: son passage d'une tour du World Trade Center à l'autre, sur un fil, au petit matin du 7 août 1974. Ignorant encore les détails de cette folle expédition avant d'en découvrir les images reconstituées, je me suis laissé surprendre... et émouvoir ! Le fait que le site ait disparu aujourd'hui y est sûrement pour quelque chose, mais j'ai vu un bon film, aussi. Au-delà de ses défauts, il remplit son contrat de divertissement. Robert Zemeckis, qui ne me convainc pas toujours autant, retrouve son âme d'enfant avec The walk et oui, il a su m'emmener avec lui. Tant pis si son regard sur la France (et New York) est très candide ! Je crois que ce n'est pas une trahison de son sujet. Bien au contraire.

The walk - Rêver plus haut
Film américain de Robert Zemeckis (2015)

J'ai bien évidemment pensé aux attentats du 11 septembre 2001 devant ce film aux images incroyablement vraisemblables. J'y vois donc davantage une oeuvre touchante qu'un blockbuster ordinaire. J'aime quand le cinéma s'intéresse aux rêveurs: Into the wild demeure l'une de mes références, mais, pour rester positif, je cite aussi La vie rêvée de Walter Mitty ou bien Eddie the Eagle. Et vous ?

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Dans le droit fil du Movie Challenge...

Je remplis aujourd'hui son objectif n°39: "Un film feel-good".

Le film n'aurait-il pas fait recette ?
Je n'ai trouvé que Pascale pour en parler parmi mes amis blogueurs !

mercredi 15 mars 2017

Au-delà de la légende

Joss aime la musique. Pour cette nouvelle carte blanche, mon amie cinéphile s'est donc penchée sur le cas Dalida. Je trouve chouette qu'elle ait choisi de vous parler d'un autre film que je n'ai pas vu. Sans plus attendre, je me fais donc une joie de lui laisser la parole...

Janvier 2017, à 8h45, boulevard des Capucines, bref passage à Paris quelques jours après la sortie du film. Libérée par chance plus tôt que prévu d'un rendez-vous administratif, j'ai repéré la première séance de la journée: celle de neuf heures ! Elle est faite pour moi. En ce samedi matin ensoleillé mais glacial, les rues sont quasiment désertes, et presque aussi devant l'Opéra pourtant sublime sous les premiers rayons. Je cours... j'ai rendez-vous avec Dalida dont j'ai arpenté le quartier pendant des années. À l'époque, j'habitais tout près de sa maison, juste sous la butte Montmartre. Et ce matin, je vais la retrouver ! Nous sommes trois à la retrouver. Dans cette salle immense, nous nous effaçons définitivement.

Combien de documentaires sur Dalida ont défilé pendant toutes ces années ? Un nombre considérable. Ce film biographique marque l'anniversaire des trente ans de sa mort. C'est une fiction, la première, et elle ne ressemble en rien aux produits sortis jusque-là. Mais en dépit des images d'archives, pas une fois je n'aurai la sensation de déjà vu. Ce long-métrage est une oeuvre picturale, une pièce unique qui ne s'apparente à aucune autre. Pas même à Dalida ? C'est bien là sa particularité. Lui est-elle fidèle ? J'en doute. Dans son ensemble sûrement, pas dans le détail, pas dans sa démonstration du personnage. Lisa Azuelos a livré à son film sa propre vision de Dalida comme Picasso peignait son Olga ou sa Dora Maar. Comme Picasso les voyait, les considérait (ou pas). Ainsi ai-je vu se dessiner une remarquable Dalida qui, sans jamais effacer l'originale, m'est apparue très particulière. C'est-à-dire à l'opposé de la masse des critiques que je n'ai pu éviter: "Un biopic aux allures de clip, incapable de dépasser les faits pour pénétrer la légende" et "dénué d'émotion" selon le Figaro. "Trop académique et embrassant une à une les conventions de forme et de narration les plus éculées du genre" chez Libération...

Relater à la lettre les déclarations de confrères n'apporterait rien si ce n'est définir ici le parfait reflet de leurs antipodes. Et ce n'est pas parce que dresser le portrait d'une star aussi investie par les médias est tâche évidemment ardue que je trouve le film bon. Pas du tout. J'y ai simplement découvert une âme réelle, une empreinte belle, sincère et forte. Alors que la réalisatrice (la fille de Marie Laforêt) nous avait jusqu'à présent habitués à des peintures légères de thèmes quotidiens - relations mère-ado dans LOL, amours et amitiés dans Comme t'y es belle ! -, elle aborde cette fois un synopsis lourd de désespoir (Orlando, frère de Dalida, y apporta sa collaboration rapprochée). Et pourtant, on y reconnaît sa légèreté, sa douceur, sa vivacité... les mêmes peut-être qui ont fait fuir les journalistes. Quant à moi, j'ai aimé.

Enfance au Caire entre famille tendre, père violoniste adoré et relations difficiles à l'école. Iolanda se sent laide et rejetée. Tragédie du père exilé dans le désert (Italien dans une Egypte occupée par la Grande-Bretagne, elle-même en guerre avec l'Italie) qui en reviendra traumatisé, malade et violent. Installation familiale à Paris sans lui et premier succès à l'Olympia, Dalida est née. Les débuts d'un long triomphe associé à un combat de presque tous les instants pour s'accomplir dans l'amour à deux, ce qu'elle n'atteindra jamais selon ses propres exigences. Et surtout cette immense souffrance enracinée en elle depuis l'origine. Lorsqu'elle déclarera "porter malheur" à ses hommes, nul besoin de chercher à percer davantage la fameuse légende. Dalida ne les voit pas tels qu'ils sont. Généralement écorchés vif, ils se laissent gâter, porter, par la bella donna qu'ils ne connaissent pas réellement. Non pas qu'ils n'aient été sincères, mais furent-ils de taille à affronter une telle partenaire, brillante à la scène et tellement en attente de l'autre ? C'est là justement qu'intervient la particularité du casting.

La magnifique Steva Alviti génère une énergie et une sincérité précieuses (sa voix sonne comme un cours d'eau, cristalline et profonde à la fois, tellement chaude et vivante), au rythme influencé par ce même schéma chronologique qui a tant déplu. Malgré tout, l'aller-retour entre l'interrogatoire policier que l'on sait intervenir après le suicide abouti de la star en 1987, et toutes les étapes passées, n'est pas si attendu à mes yeux. Le seul point sur lequel on pourrait trouver à redire au sujet de l'actrice (mannequin italien méconnu) serait peut-être sa beauté fulgurante - traits fins, silhouette fluide, charme juvénile. Nulle trace en tout cas de la cougar des dernières années de la vraie Dalida. Exit ce reproche, le casting est encore admirable. Jean-Paul Rouve en Lucien Morisse (patron de la nouvelle radio Europe n°1) y est exceptionnel, Ricardo Scarmacio (son frère Orlando incroyablement ressemblant), Patrick Timsit (Bruno Coquatrix rondouillard bienveillant pour le directeur général de l'Olympia), Vincent Perez (producteur Eddie Barclay) et, bien entendu, Nicolas Duvauchelle (comte de Saint-Germain impayable en caricature des années 70, pattes d'eph', talonnettes et manteaux longs)...

Plus de deux heures que je n'ai pas vu passer tant le plongeon m'a émue et ravie. Il fallait bien ça pour supporter le tapage autour de cette sortie. Cela ne se reproduira pas de sitôt, histoire de vous assurer pour les prochaines éditions de quelques chroniques italiennes beaucoup plus confidentielles. À bientôt !

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Oui, à bientôt, Joss, et merci à toi pour cette nouvelle chronique ! Chères amies, chers amis... vous pouvez aussi lire les précédentes:
- Sing Street / John Carney / 2016
- La bûche / Danielle Thomson / 1999
- Journal intime / Nanni Moretti / 1991
- et d'autres encore à découvrir de lien en lien...

lundi 13 mars 2017

Comme une évidence

C'est curieux, tout de même: alors que je trouve souvent indécent qu'on me raconte la fin d'un film que je n'ai pas vu, j'ai aimé Loving en connaissant d'avance le fin mot de son histoire. Je me demande finalement si ce ne serait pas mieux de voir les biopics sans info préalable sur le destin des personnages. Serait-ce possible ? Pas sûr...

Ce que je sais, c'est que Jeff Nichols est vite arrivé à m'embarquer avec ce film. J'ai trouvé belle sa façon de raconter la vie de ce couple américain des années 50, elle noire, lui blanc. À ceux qui jugeraient que le titre du film tient du romantisme de pacotille, je veux rappeler aussitôt qu'il correspond aussi... au nom de ces époux. C'est le noeud de l'histoire: il y a soixante ans, en Virginie, il était toléré que Mildred et Richard se côtoient, mais pas qu'ils deviennent femme et mari. Implacable conclusion: les amoureux furent jugés et condamnés ! Vraie bonne surprise: Loving sort des sentiers battus du drame hollywoodien et n'est pas d'avantage le récit d'une bataille juridique. Une proposition autre nous est faite, que j'ai acceptée avec ardeur. L'humanisme qui s'en dégage m'a rendu la séance plus qu'agréable. Finalement, plutôt que d'une cause, Jeff Nichols nous parle d'abord d'une femme et d'un homme. Difficile, du coup, de rester "à l'écart"...

Respectueux, le cinéaste reconstitue - fidèlement - le plus ordinaire du quotidien de "son" couple et sublime ainsi la force des sentiments. Ruth Negga et Joel Edgerton sont très bons: j'ai marché à 100% ! Loving m'a convaincu comme le font les films simples et beaux. D'autant plus fort en fait que, malgré toute la force évocatrice du duo principal, les personnages secondaires sont tout sauf négligés. Mention spéciale pour Michael Shannon (photo): vu dans l'ensemble des quatre premiers films de Jeff Nichols, il n'a qu'une petite scène cette fois, mais elle lui suffit à apparaître comme son alter ego. Aucune fausse note: dans une belle cohérence, chacun des membres de la distribution apporte sa couleur à l'ensemble. Deux heures durant, le long-métrage passe ainsi, noblement, sans cri ni esbroufe. C'est pour sa douceur, sa délicatesse et son très joli sens de l'ellipse que je l'ai le plus apprécié: oui, à mes yeux, il sort vraiment du lot. J'ai vu d'autres oeuvres plus originales, certes, mais rarement connu une histoire d'amour abordée avec une telle pudeur dans la proximité.

Loving
Film américain de Jeff Nichols (2016)
Un grand et beau récit, doublé d'une leçon d'espoir pour le monde d'aujourd'hui: comme vous l'aurez compris, j'ai donc beaucoup aimé. Aujourd'hui, je n'ai même pas envie de proposer un contrepoint. Chose amusante: un peu avant la projection, j'ai vu la bande-annonce d'un autre film sur un couple noir/blanche, sur fond de violons XXL ! Je zappe ce A united kingdom et reste à l'écoute de vos références...

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Je prédis au film du jour du succès sur la blogosphère...
Vous en entendrez parler en bien chez Pascale et Princécranoir. Sentinelle et Dasola, elles, sont d'un avis un peu moins enthousiaste. Quant à l'ami Strum, il ne semble pas non plus pleinement convaincu.

dimanche 12 mars 2017

Un volant, des voleurs

Dois-je redire mon amour des petits films ? Pour moi, le cinéma s'accommode parfaitement de modestie. Il me semble très improbable de vous étonner si j'écris qu'il peut me séduire quand il joue en mode mineur. Il me semble en effet que je l'ai maintes fois démontré. Maintenant, pas de polémique: il y a bien "petit film" et "petit film"...

Driver est un petit film. Peut-être un peu fauché. Pas spectaculaire. Monté un peu abruptement, parfois, et aux dialogues de qualité inégale. Heureusement assez court pour ne pas devenir lourdingue. Pour un film à classer en tendance série B, ça reste un spectacle honorable. On y voit Ryan O'Neal dans la peau d'un génie du volant. L'homme - sans nom - fait commerce de ses talents, en s'associant périodiquement avec des braqueurs, afin de leur permettre d'évacuer à vitesse grand V le théâtre de leurs méfaits. Traqué par un flic borderline (Bruce Dern à bouclettes !), le gars conserve des principes moraux élevés: il ne veut se faire prendre, mais encore moins bosser avec des complices à la gâchette facile. Mieux: après qu'une femme qui l'a vu agir refuse de le confirmer à la police, il évite de coucher avec elle, mais envisage plutôt sereinement de renvoyer l'ascenseur. Bon, il faut dire que la miss a les traits... de la jeune Isabelle Adjani !

Bon, voilà... que vous dire de plus ? Si vous appréciez les héros taiseux, vous serez servis ! Sans rien révolutionner, le film annonce d'emblée la couleur et parie tout au long du métrage sur son scénario brut de décoffrage. Je crois que les amateurs du genre l'apprécieront justement pour cette raison: parce qu'il reste droit dans ses bottes. Un pur produit de son époque, il me semble, même s'il en a inspiré d'autres, plus léchés sur le plan formel, mais pas forcément meilleurs. Driver tient son cap: c'est sa limite, mais c'est sa force, aussi. Cerise sur le gâteau: deux longues et belles scènes de course-poursuite citadines et nocturnes, dignes des archétypes du cinéma à l'ancienne. Personnellement, j'ai même relevé un soupçon d'humour, lors d'un test de conduite entre truands, à vive allure et presque fatal à la voiture. Franchement, si le premier quart d'heure vous ennuie, n'insistez pas ! Mais notez quand même qu'à la toute fin, vous pourriez être surpris...

Driver
Film américain de Walter Hill (1978)

Certains comparent ce film avec Collateral (Michael Mann - 2004). Mouais... ça me paraît trop simple, mais je crois qu'il vaudrait mieux que je le revoie pour être vraiment objectif - ça fait longtemps ! Après, ce dont je suis sûr, c'est que certaines des séquences du film sont presque reprises dans... Drive (Nicolas Winding Refn - 2011). C'est grave ? Non. Et, en fait, ça ne change rien à ma note du jour...

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Autre temps, autres moeurs ?
Mon comparse Princécranoir voudra peut-être nous donner son avis. Célébré sur son ancien blog, le film n'apparaît pas sur le nouveau. Situation irréversible ou simple état de fait temporaire, je ne sais...

samedi 11 mars 2017

Écrans magiques

C'est un fait: je suis loin d'avoir exploré toute la richesse du cinéma italien. Je me suis offert dernièrement une jolie séance de rattrapage avec Splendor ! Malgré quelques menus défauts, je suis vite tombé sous le charme de ce récit joli, sincère et agréablement décousu. Peut-être parce qu'il est le fruit du travail d'un vrai grand cinéphile...

Splendor n'est pas que le titre du film. C'est aussi le nom d'un cinéma installé au coeur d'une petite ville d'Italie. Quand l'histoire commence en couleurs, on le voit en train... de fermer. Très vite, un flashback en noir et blanc nous ramène dans les années 30, aux heures difficiles où le personnage principal - Giordano alias Jordan - était l'assistant de son père, exploitant d'un autre cinéma (itinérant, celui-là !). Voilà... quelques lignes (et images) suffisent pour poser le cadre. Pendant un peu moins de deux heures, c'est avec plaisir et bonheur que j'ai suivi les chemins de Jordan - en appréciant de le voir interprété par le grand Marcello Mastroianni. Les deux autres rôles importants, incarnés par Marina Vlady et Massimo Troisi, m'ont paru admirables, eux aussi, et très bien joués, ce qui est encore mieux. Cependant, je crois utile de vous prévenir que le vrai sujet du film demeure sans doute le cinéma lui-même, comme moteur de vie(s)...

Il y a un peu de mélancolie dans l'aura qui entoure le film. J'ai perçu l'ensemble comme un vibrant hommage au septième art, un nombre important d'autres longs-métrages étant d'ailleurs explicitement cités dans les dialogues, mais aussi à l'écran. Techniquement, le montage est vraiment virtuose ! Ce sont précisément ces oeuvres de cinéma qui pourront vous servir de point de repères temporels, l'intrigue elle-même s'autorisant maints allers et retours chronologiques. Finalement, tout ce qui se passe est trop beau pour être vrai. Splendor révèle alors sa nature enchanteresse, dans la juste lignée d'une certaine tradition de ce que j'appelle avec respect le cinéma populaire, toutes époques et tous pays confondus. D'aucuns jugeront la morale de cette histoire assez naïve et elle l'est un peu, c'est vrai. Elle suppose en tout cas qu'on s'y abandonne, sans cynisme aucun. Une larmichette n'est alors pas à exclure au moment de la toute fin...

Splendor
Film italien d'Ettore Scola (1989)

Impossible de ne pas citer Cinema Paradiso comme film comparable aujourd'hui ! Je vous avoue toutefois que j'ai (légèrement) préféré l'oeuvre de Guiseppe Tornatore, vue en salles...  une année plus tôt. Maintenant, pas de doute: j'ai encore pu faire un très beau voyage. Les films qui parlent de cinéma ne manquent pas: The artist, Boulevard du crépuscule, La rose pourpre du Caire, Ed Wood...

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Oui, c'est encore un film pour le Movie Challenge !

Je le retiens pour la catégorie n°9: "Un film européen hors France".

Et si vous tenez à lire un avis un peu plus nuancé...
Un petit clic vous emmène aussitôt pour lire "L'oeil sur l'écran".

vendredi 10 mars 2017

Partie ?

Fi de ma fierté ! Quand j'ai pensé à comment je pourrais commencer cette nouvelle chronique, il m'est venu un jeu de mot un peu ridicule que je vous livre sans état d'âme: les acteurs ne sont pas des grains de riz, raison pour laquelle il vaut mieux éviter de les cantonner. Voilà... à présent, je peux évoquer Disparue en hiver avec sérieux...

Et de constater alors que, le plus souvent, Kad Merad n'a besoin d'aucun encouragement pour se cantonner lui-même à des rôles comiques souvent balourds. C'est pour évaluer son talent "autrement" que j'ai regardé Disparue en hiver. Il joue ici le rôle d'un ancien flic qui enquête de sa propre initiative sur la disparition d'une ado. Point de départ relativement original: cette jeune femme, il l'avait croisée quelques heures avant qu'elle se coupe de tout contact avec autrui. Pour le reste, la trame de ce polar provincial est plutôt classique. Objectivement, ce travail soigné ne m'a pas vraiment transporté. Dommage pour Kad Merad qui, lui, est bien dans son contre-emploi...

Le jeu des acteurs est d'ailleurs l'une des bonnes raisons d'apprécier ce film sans prétention. J'ai eu plaisir à y redécouvrir Lola Créton dans le rôle de la disparue. Surtout, j'ai aimé y revoir une actrice toujours juste, mais qui fait une carrière discrète: Géraldine Pailhas. Sans grands effets, la mise en scène laisse finalement toute sa place au jeu des comédiens et c'est bien ainsi. J'ai apprécié que le scénario nous laisse libres d'interpréter le décor pour que nous puissions situer l'action là où nous le souhaitons - quelque part en France profonde. Disparue en hiver a donc des qualités, bien supérieures évidemment à celles de ma boutade initiale. Je voyais ses (petites) faiblesses comme une conséquence de la relative inexpérience du réalisateur. Or, également crédité comme co-scénariste, ce dernier est metteur en scène depuis le début des années 2000... mauvaise piste, Martin ! Je reste donc sur mon appréciation en demi-teinte. Faute de mieux...

Disparue en hiver
Film français de Christophe Lamotte (2015)

C'est incroyable: sur l'affiche du film, Kad Merad a les yeux bleus ! J'avoue d'ailleurs que cela a bien failli suffire à détourner mon regard vers un autre long-métrage. Des films français dans une ambiance glauque, il y en a beaucoup d'autres. Ne le dis à personne est revenu dans l'une de mes conversations récentes avec Aurélia, une collègue de travail. Mais, pour le suspense, Garde à vue est bien au-dessus... 

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Bon ! Et le Movie Challenge, dans tout ça ?
Hum... je ne peux pas donc valider l'objectif n°2: "Un premier film". Tant pis: je me reporte aussitôt sur "Un film français", la case n°15 !

jeudi 9 mars 2017

Présumé innocent

Je suis déjà curieux de lire votre avis... je trouve compliqué de voir sereinement un film qui parle de terrorisme islamiste, actuellement ! Pourtant, je n'ai pas hésité à regarder Un homme très recherché. Première accroche: la présence du regretté Philip Seymour Hoffman. Il y a aussi Robin Wright, Willem Dafoe, j'en passe et des meilleurs...

Surprise: nous ne sommes pas aux États-Unis, mais en Allemagne. Pour être précis, c'est à Hambourg que la caméra nous emmène. Chef d'un service de renseignement officiel, Günther Bachmann a entamé une course contre la montre pour localiser un ressortissant tchétchène entré illégalement sur le territoire fédéral. Il pense qu'en le surveillant d'assez près, il pourra remonter jusqu'à de gros poissons du crime organisé. Problème: il est en concurrence directe avec des espions américains, qui ont fait de sa cible un gibier suffisamment consistant pour justifier leur envie de l'arrêter séance tenante, en s'asseyant allégrement sur ce bon vieux concept de la présomption d'innocence. Autant vous le dire sans plus attendre: Un homme très recherché s'avère d'une belle efficacité quand il s'agit... de ne rien révéler. N'espérez surtout pas avoir un coup d'avance sur les protagonistes ! On ne vous dira pas aussitôt si Issa Karpov est un type réglo ou non...

Vous l'aurez compris: soigné sur la forme et le fond, ce bon p'tit film propose un suspense intéressant, d'autant qu'on peut vite s'attacher aux personnages, inconscients de ce qui se trame derrière leur dos. Maintenant, pour être tout à fait honnête avec vous, je dois reconnaître aussi qu'il m'a tout de même manqué un je-ne-sais-quoi pour accorder quatre étoiles pleines à ce long-métrage. L'intelligence du scénario fait que la violence reste hors de propos, mais le bât blesse peut-être parce que tout cela reste somme toute bien "froid". Le rythme général est assez lent, ce qui fait que les plus inattentifs d'entre vous décrocheront peut-être avant la fin. Ce serait dommage d'arriver au bout de l'histoire et de ne pas savourer le rebondissement ultime ! Oui, cette chute d'Un homme très recherché m'a surpris positivement: elle vaut clairement le détour et nous laisse considérer d'un oeil nouveau toutes les péripéties qui conduisent inexorablement à cette (amère) conclusion. Voyez donc le film, au moins pour cela ! N'ayez crainte: en réalité, le terrorisme islamisme s'y fait très discret.

Un homme très recherché
Film américain d'Anton Corbijn (2014)
Bien qu'en VO anglaise, le long-métrage a des producteurs allemands et on y retrouve deux stars d'outre-Rhin: Nina Hoss et Daniel Brühl. Ami(e)s littéraires, vous noterez aussi qu'il adapte le roman éponyme de John Le Carré, sorti six ans plus tôt. Tôt ou tard, je verrai sûrement d'autres adaptations, telles La taupe ou La maison Russie. Je suis sûr que c'est bien plus intéressant qu'un James Bond lambda...

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Maintenant, si vous voulez en avoir le coeur net...

Vous pouvez vous en remettre aux avis de Pascale, Dasola et Lui.