lundi 21 mai 2018

Kore-eda au sommet

Les lampions de la fête se sont éteints samedi soir: le 71ème Festival de Cannes est à présent derrière nous. Je suis légèrement en avance pour tenir ma promesse de vous en livrer un petit bilan (subjectif). J'espère que cette édition très féministe annonce de rapides progrès sur tous les champs de l'égalité. Mon credo: ce combat doit continuer.

Cate Blanchett et Hirokazu Kore-eda
En attendant, la Palme d'or de cette année est revenue à un cinéaste que j'aime beaucoup: le Japonais Hirokazu Kore-eda. Une coïncidence amusante pour moi: cette consécration lui parvient dans un moment où j'hésite encore à aller voir son dernier long. Je suis en tout cas sûr que je m'offrirai le suivant, Une histoire de famille, dont j'ai reçu quelques très bons échos avant même la fin de la quinzaine cannoise. Pour autant, la date de sa sortie en salles n'est pas encore connue. Seules infos: le scénario tournerait autour d'une vraie-fausse famille pauvre, qui recueille en son sein une petite fille de la rue. Je compte sur la délicatesse du réalisateur pour magnifier ce pitch très "simple". Son choix de revenir à un cinéma de l'intime renforce cette confiance. Fatalement, j'envie un peu celles et ceux qui ont déjà pu voir le film !

Spike Lee
Puisqu'il n'y a pas eu de doubles Palmes depuis 1997, on dit parfois que le Grand Prix du jury est en réalité la consolante du Festival. Remise samedi à Spike Lee pour un BlacKkKlansman dont j'attends beaucoup, cette pourtant prestigieuse distinction s'est faite discrète après la Palme d'or spéciale de Jean-Luc Godard (Le livre d'image). Absent de la cérémonie, le cinéaste franco-suisse se voit décerner une récompense inédite et taillée à sa mesure, en quelque sorte. Nettement plus prévisible, si j'ose dire, le Prix du jury a été attribué à une femme: la Libanaise Nadine Labaki. Capharnaüm ? Un drame sur l'enfance qui, visiblement, ne fait pas l'unanimité sur la Croisette.

Pawel Pawlikowski et Kristen Stewart
Pas de double Palme, donc, et un seul Prix de la mise en scène. Apparemment, Cold war, l'histoire d'amour tragique du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, a un peu déçu sur le fond, mais le jury paraît confirmer qu'elle est sublimée par un noir et blanc d'anthologie. Les mêmes jurés ont remis non pas un, mais deux Prix du scénario ! Retenu en Iran, Jafar Panahi a dignement été représenté par sa fille pour récupérer le trophée remis à Trois visages, un film qu'il a coécrit avec son compatriote Nader Saievar (et qui sort en salles le 6 juin). L'Italienne Alice Rohrwacher, elle, n'a pas eu besoin de remplaçante pour savourer pleinement le succès de son Heureux comme Lazzaro

Asia Argento, Samal Esljamova et Ava DuVernay
Je l'ai déjà dit, mais je veux bien le répéter: Cannes m'intéresse particulièrement comme fenêtre ouverte à nombre de filmographies étrangères. Son film risque de rester confidentiel, mais je me réjouis de voir une Kazakhe, Samal Esljamova, obtenir le Prix d'interprétation féminine. Ayka, le film concerné, évoque le destin d'une sans-papiers kirghize dans le Moscou d'aujourd'hui. Un récit glaçant, semble-t-il. Plus proche de nous, mais assez sombre aussi, Dogman, thriller social italien, met en scène Marcello Fonte, un acteur jusqu'alors cantonné aux rôles secondaires ou de figuration. Une bonne pioche: il repartira de Cannes avec le Prix d'interprétation masculine. Une jolie surprise !

Victor Polster et Lukas Dhont
Vous le savez: le Festival, ce n'est pas qu'une course à la Palme. Parmi les autres récompenses que je surveille, il y a la Caméra d'or. Un petit rappel au cas où: ce trophée est décerné (par un jury spécial) à ce qui serait le meilleur des premiers films en lice, toutes sélections confondues. Cette année, pour le trouver, il fallait chercher du côté d'Un certain regard. Girl, film du cinéaste flamand Lukas Dhont, joue sur la confusion des genres: son héroïne est une jeune transsexuelle. Il reçoit aussi une Queer Palm, une distinction réservée aux oeuvres sur l'altersexualité. Quant à Victor Polster, l'acteur principal, il obtient le Prix d'interprétation de la sélection parallèle... à tout juste 16 ans !

Isabelle Adjani
Hé ! Revenez ! Je n'ai pas fini ! Dans l'ombre des lauréats, Cannes ouvre aussi la porte des cinémas à des films venus des quatre coins du monde. Dans le lot, j'essaye toujours d'en retenir quelques-uns pour rêver à mes séances futures. Et du coup, j'ai très envie de voir...

/ L'homme qui tua Don Quichotte (Terry Gilliam)
Moi aussi, je persiste et signe ! Maintenant que l'on est presque sûr d'avoir la possibilité de voir ce film "maudit", je me sens très heureux qu'il ait triomphé des mille et une embuches laissées sur son chemin. Cela valait-il le coup d'attendre - ou pas ? On s'en reparlera très vite ! 

/ En guerre (Stéphane Brizé)
L'aviez-vous remarqué ? Aucun film français n'a séduit le jury présidé par Cate Blanchett. Je ne veux citer aujourd'hui que le plus accessible des quatre engagés en compétition. La présence de Vincent Lindon attire mon regard vers ce qui semble être un drame syndical puissant.

/ Asako 1 & 2 (Ryusuke Hamaguchi)
Bon... il y a encore deux semaines, je n'avais jamais entendu parler de cet autre cinéaste japonais. Depuis, j'ai lu de très bonnes choses sur Senses, son premier film, d'une durée de... cinq heures et sorti en salles, coupé en trois parties. Cela aura suffi à me rendre curieux !

/ Le grand bain (Gilles Lellouche)
J'ai raté l'avant-première de cette comédie sur fond de natation synchronisée. Je ne suis pas fan du réalisateur, mais il m'a touché quand je l'ai vu ému par son accueil à Cannes. J'irai donc à la piscine cet automne, avec Anglade, Amalric, Poelvoorde, Canet et consorts...

/ En liberté ! (Pierre Salvadori)
Loin de mes radars avant le Festival, ce film est sous surveillance depuis que j'ai appris qu'on y verrait Adèle Haenel et Pio Marmaï. Deux comédiens que je place parmi les meilleurs de leur génération. Résultat: je suis déjà impatient de découvrir cette comédie policière.

/ Rafiki (Wanuri Kahiu)
Je crois que c'est l'un des tous premiers films dont j'ai entendu parler après l'ouverture du Festival. Son sujet ? Deux femmes amoureuses l'une de l'autre. Kényane, la réalisatrice affronte ainsi l'un des tabous les plus puissants de son pays. C'est ce courage que je compte saluer.

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Désormais, j'ai fait le tour (ou presque)...

Je vais vous reparler bientôt du film d'ouverture: Everybody knows. Un tout petit mot encore sur les courts: la Palme d'or de la catégorie est revenue à Toutes ces créatures, de l'Australien Charles William. On the border, opus du Chinois Wei Shujun, obtient une mention. Voilà... je n'ai rien à ajouter. J'attends l'édition 2019 de pied ferme et, bien évidemment, demeure ouvert à vos possibles commentaires !

samedi 19 mai 2018

Tempête sur Cannes !

Vous le savez sûrement: le Festival de Cannes se termine aujourd'hui. Nous connaîtrons donc ce soir le nom du lauréat - ou de la lauréate - de la Palme d'or. En attendant, je voulais parler de ce qui s'est passé il y a pile cinquante ans: la mise à l'arrêt des festivités cannoises ! L'occasion de dire que le vent de Mai 1968 a soufflé sur la Croisette...

Comment en est-on arrivé à ce que le Festival s'arrête définitivement et ne décerne aucun Prix cette année-là ? Les historiens du cinéma notent que, quelques mois plus tôt, les professionnels s'étaient émus de la tentative d'André Malraux, ministre de la Culture, de désigner un nouveau directeur de la Cinémathèque nationale. D'abord sourd aux revendications sociales qui agitent le pays, Cannes démarre normalement et projette huit des 27 films en lice pour la Palme. Bientôt, des réalisateurs s'excluent eux-mêmes de la compétition officielle: Milos Forman, Alain Resnais et Carlos Saura sont rejoints par certains jurés - Monica Vitti, Louis Malle et Roman Polanski. Longs et houleux, des débats ont lieu quant à la poursuite du Festival le 18 mai, alors que des états généraux du cinéma organisés à Paris ont demandé qu'il soit arrêté. Les tenants d'une conclusion anticipée finissent par emporter le morceau, quand le conseil d'administration cannois décide à l'unanimité d'une clôture le 19 mai à midi, cinq jours avant la date initialement prévue. Et ce n'était encore JAMAIS arrivé !

Qui s'intéresse au cinéma français et à son histoire peut considérer que 1968 est aussi une année charnière pour plusieurs autres raisons. À la suite des événements survenus sur la Croisette, la quasi-totalité des tournages est interrompue. Les salles, elles, continuent pourtant de fonctionner, la Fédération des exploitants ayant signé un accord avec les syndicats de personnels dès le début des mouvements sociaux. Conséquence: 25.000 employés, directeurs, projectionnistes et ouvreuses, voient leur rémunération augmenter... de 30 à 60% ! Paris Match souligne que, dans le même temps, le prix des places grimpe lui aussi très significativement, de cinquante des centimes d'alors à deux francs ! Était-il réglementé ? Ou s'agit-il d'un tarif moyen ? Je n'ai pas pu le vérifier. Toujours est-il que l'agitation revendicatrice se poursuit au sein des cénacles cinématographiques. Réformistes, conservateurs ou utopiques, des nombreux projets animent les multiples conversations des amoureux du septième art. Certains vont même jusqu'à réclamer la gratuité du cinéma pour tous.

Un an plus tard, en mai 1969, Cannes accueille un nouveau Festival. En apparence, rien n'a changé: un jury officiel a bel et bien été formé autour de Luchino Visconti pour choisir un lauréat du Grand prix international, l'ersatz de la Palme d'or, parmi 23 prétendants ! Pourtant, le ton a changé et certains des films présentés se montrent plus corrosifs que leurs prédécesseurs. If..., de Lindsay Anderson, reçoit la récompense suprême et porte au point d'incandescence l'esprit rebelle de l'époque: un groupe d'élèves d'une école anglaise font feu sur leurs profs et camarades, ainsi que sur des militaires. Avant cela, le public a droit à des scènes de nu frontal et intégral ! Passé ce choc, un éphémère Prix de la première oeuvre est imaginé pour récompenser Dennis Hopper et son déjà légendaire Easy rider. L'envie de nouveauté favorise aussi la toute première organisation d'une Quinzaine des réalisateurs, d'abord indépendante. Les auteurs des 65 films (!) projetés s'appellent Susan Sontag, Nagisa Oshima, Bernardo Bertolucci, Roger Corman, André Téchiné, Philippe Garrel...

Cannes a survécu: aucune autre édition du Festival ne sera stoppée en cours de route. Certains des artistes "mutins" du millésime 1968 participeront ensuite, à l'image de François Truffaut, Claude Lelouch ou Jean-Luc Godard - ce dernier est même compétiteur cette année ! Je ne vous reparle même pas de Roman Polanski, honoré de la Palme d'or en 2002 pour Le pianiste. La Croisette, qui n'a jamais eu peur des polémiques et scandales, a fini par rallier ses enfants terribles. Belle initiative à noter: au cours de l'édition 2008, cinq des films bannis en mai 1968 ont été présentés en sélection Cannes Classics. Parmi eux, Peppermint frappé de Carlos Saura, Anna Karénine d'Alexandre Zarkhi et Un jour parmi tant d'autres de Peter Collinson. Le Festival est donc resté un rendez-vous emblématique du cinéma international, sans vraie défaillance si ce n'est l'événement mort-né de septembre 1939 et, à la limite, les non-éditions de 1948 et 1950. Objectivement, c'est quand même plutôt une très belle réussite, non ? À vos agendas: elle doit se prolonger encore... du 15 au 26 mai 2019 !

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Bon ! Je n'en ai pas fini avec 2018...
Je vais juste m'octroyer un peu de temps pour étudier le palmarès. Mon intention est de publier mon compte-rendu personnel lundi midi.

vendredi 18 mai 2018

Chez les singes

Je peux vous certifier que ce n'était pas calculé: je vous propose aujourd'hui un second biopic consécutif. Nous allons toutefois changer d'univers, puisque je vous emmène au Rwanda, pour suivre les pas déterminés de Dian Fossey, une célèbre primatologue américaine. Gorilles dans la brume - le film - est inspiré d'un livre qu'elle a écrit !

Évacuons d'emblée une question importante: oui, le scénariste a pris quelques libertés avec le récit de cette femme opiniâtre, que l'Afrique attirait depuis longtemps quand elle s'y rendit pour la première fois. C'était en 1963 et c'est précisément cette période à laquelle le film démarre, autour d'une scientifique au look citadin, jupe longue, gants et chemisier de soie, peu adapté au terrain qu'elle entend découvrir. Fort heureusement, le caractère de la demoiselle et son entourage associent leurs forces pour arranger la situation assez rapidement. Nous voilà partis pour une mission délicate: le recensement exhaustif des grands singes qui peuplent encore les montagnes des environs. Sorti il y a (déjà) trente ans, Gorilles dans la brume dévoile aussitôt de superbes images, comme une initiation au voyage et à l'aventure. Tourné sur place, le long-métrage évite le piège de la carte postale. Dépaysement garanti ! C'est évidemment la première de ses qualités !

Le film en a d'autres, c'est certain: j'ai trouvé intéressant le portrait nuancé qu'il dresse de son héroïne, en montrant que ses convictions profondes et son amour des animaux pouvaient se heurter à la réalité de la condition d'une population africaine non éduquée et miséreuse. Autant que je vous le dise: parfois, Gorilles dans la brume m'a paru bêtement manichéen, en introduisant des personnages d'Occidentaux cupides et dépourvus du moindre scrupule. J'ajoute qu'il se "rattrape" ensuite, en posant la question des vraies motivations de Dian Fossey. Entendons-nous bien: il ne la dénigre jamais vraiment, mais il laisse apparaître quelques failles dans la cuirasse, ce qui le rend crédible. Sigourney Weaver est, comme d'habitude, tout à fait convaincante. Elle fut nommée à l'Oscar pour ce rôle, tout comme le compositeur français Maurice Jarre, auteur d'une partition inspirée et inspirante. Bim ! Voilà que mes envies d'Afrique viennent me titiller de nouveau !

Gorilles dans la brume
Film américain de Michael Apted (1988)

Vous l'aurez compris: mon bilan est largement positif - et me laisse avec l'impression tenace que de tels films se font rares désormais. Pour prolonger le voyage, Gabriel et la montagne peut être une piste intéressante. Ah ! Dans un autre genre mais avec d'étonnants points communs, La chasse au lion à l'arc peut aussi constituer un plan B. Autre option pour quitter la réalité: Yeelen, un spectacle... magique !

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Vous voulez voir d'autres images ?

J'ai un bon tuyau à vous donner: Ideyvonne en a publié quelques-unes.

jeudi 17 mai 2018

Étoile filante

Ce n'est un secret pour personne: la légende du rock s'est écrite autour des frasques des artistes, encouragés par la révolution sexuelle et leur consommation effrénée de substances prohibées et/ou dévastatrices pour l'organisme. Mais un film comme La bamba pourrait nous rappeler que les mythes racontent parfois autre chose...

La bamba n'est pas seulement le titre d'un film: c'est également celui d'un joli air traditionnel mexicain (huapango) transformé en standard du rock par Richard Steven Valenzuela Reyes, alias Ritchie Valens. D'origine latino, ce jeune Américain l'a joué au tout début de 1959. L'ironie du sort aura voulu que l'adolescent, âgé de 17 ans seulement au moment de l'enregistrement, le chante en espagnol, une langue qu'il ne parlait pas, et que cette inspiration lui valut surtout un succès posthume, puisqu'il fut tué dans un accident d'avion un petit mois après la sortie du disque. Vous l'aurez compris: le film que je présente aujourd'hui n'est bel et bien, au fond, qu'un biopic de cette courte vie.

Cela dit, dans le genre, il est plutôt réussi ! Évidemment, le scénario joue sur nos cordes sensibles, mais celles de la guitare du personnage principal sont pincées avec un tel talent que, bien souvent, le film s'avère joyeux, positif et entraînant - à condition bien sûr d'apprécier les sonorités du rock des années 50. Je veux préciser que La bamba parle aussi d'autre chose et, autour de Ritchie Valens, nous donne également à découvrir la pauvreté de sa famille et son rêve d'amour pour Donna, une fille d'un milieu un peu plus favorisé et qui lui inspira d'ailleurs une autre de ses chansons. Par un petit miracle, le récit parvient à être touchant sans jamais être gnan-gnan. J'ai appris beaucoup de choses sur le chanteur... et passé un très bon moment. Ce petit film mériterait vraiment d'être un peu plus connu et diffusé !

La bamba
Film américain de Luis Valdez (1987)
J'insiste: malgré son sujet, ce film est étonnamment solaire. Maintenant, si vous préférez la face sombre du rock, je vous conseille de voir Control. Sinon, dans un registre de pure fiction, je garde d'assez bons souvenirs de John Carney (Once et New York melody). Gentille comédie, Le come-back adopte un ton un peu plus sucré. Vous avez d'autres références de films rock ? Parfait: je vous écoute !

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L'occasion est belle d'avancer mon Movie Challenge...

Je vais cocher... la case n°1: "Je voudrais changer la fin du film". Bon... c'est surtout la fin de Ritchie Valens que j'aurais voulu changer.

mardi 15 mai 2018

Vivre vite

Pas de changement pour les (bonnes) habitudes ! Nous sommes aujourd'hui le 15 du mois: je laisse donc la place à mon amie Joss pour une carte blanche. Et nous partons donc ensemble vers l'Italie...

Toujours dans la veine des sports mécaniques pour un semestre de chroniques, j'entrecoupe la série sur le thème de la moto par un joli film puisé dans la 33ème édition des Journées du cinéma italien, qui s'est tenue du 17 au 31 mars 2018 à l’Espace Magnan à Nice. Il est cette fois dédié au sport automobile. Non seulement Veloce come il vento a remporté le Premier Prix du public, mais il s'agit surtout d'une histoire vraie extrêmement bien menée et restituée.

On la doit au jeune réalisateur italien Matteo Rovere, auteur de nombreux courts-métrages dont Homo homini lupus, vainqueur d'un Nastri d’Argento en 2007, et de son premier long-métrage un an plus tard - Un gioco da ragazze - présenté en avant-première au Festival international du film de Rome et défrayant la chronique, puisqu'il se retrouva interdit en salles aux mineurs. Suivra Gli sfiorati, adapté du roman de Sandro Veronesi et présenté en avant-première au British Film Institute en 2011. Réalisateur remarqué, mais aussi producteur, avec le film-culte Smetto quando voglio (ce premier volet de Sydney Sibilia obtint douze nominations aux Donatello), ainsi que cette année, Moglie e marito, de Simone Godano.

Ce dernier opus a d'ailleurs donné le coup d’envoi des Journées du cinéma italien 2018, une valeur sûre sur le plan commercial, certes, mais sans comparaison possible avec le film qui nous occupe ici, carrément sublime et hors du commun. Avec précision et réalisme, dans la grande veine du cinéma de genre italien, Veloce come il vento sait parler de talent comme de dégradation, de compétition comme d'amour toxique. Quant aux scènes de vitesse, toutes réalisées sans effets spéciaux, elles n'ont pas grand-chose à envier à celles des grandes productions internationales.

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Distribution:
- Matilda de Angeli (Giulia de Martino)
- Stefano Accorsi (Loris de Marino)
- Giuseppe Galani (Mario de Martino)
- Lorenzo Gioielli (Ettore Minotti)
- Paolo Graziosi (Tonino)
- Roberta Mattei (Annarella)
- Tatiana Luter (Eva)

Palmarès:
Neuf Prix dont Meilleur acteur pour Stefano Accorsi, Meilleur directeur de la photographie, Meilleur monteur aux Donatello 2017.

Grand Prix du jury et Prix du jeune jury au Festival du cinéma italien de Bastia 2017.

Plus de 80 sélections en festivals 2016-2017: Chambéry, Nice, Toulouse, Villerupt…

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Synopsis:
À seulement 17 ans, Giulia de Martino, dirigée par son père, à la fois manager et mécanicien de compétition, participe au Championnat GT (voitures Grand Tourisme) en tant que pilote. La mort brutale du patriarche la contraint à gérer les menaces d'expulsion, les risques d'endettement et la prise en charge de son petit frère (celui qui ne rit jamais). Pour s'en sortir, elle n'a d'autre choix que de viser la victoire et, pour cela, de faire équipe avec Loris, son frère aîné quarantenaire, ancien brillant pilote devenu toxicomane, qui n'a d'autre ambition que de profiter de l'héritage paternel.

Une vieille gloire tombée en disgrâce et une jeune championne unis par les liens du sang vont se livrer combat ! Et simultanément, mener leur propre lutte intérieure. Dans une ambiance d'adrénaline, aux senteurs d'huile de ricin et de pneumatiques surchauffés (on les a dans le nez !), ces deux êtres se retrouvent et se confrontent à un moment crucial de leur propre existence. Giulia, aussi mâture que ne l'est pas son frère aîné Loris, gère aussi intensément son challenge sportif que l'intendance de la maison familiale, immense bâtisse de campagne avec dépendances, dont le fameux garage. Dans cette arène quotidienne, Loris est un obstacle, déterminé à vendre le patrimoine pour vite profiter de sa part dans l'achat de stupéfiants. Sollicité par sa sœur pour des conseils de pilotage, il s'installe dans la maison familiale avec sa compagne, également toxicomane.

S'ensuit une cohabitation très difficile qui va tourner court: le couple part, le petit frère est placé en maison d'accueil, mais le film continue. Et bientôt, Loris se prend au jeu de son ancienne passion. Après le temps des rancoeurs (Loris a sûrement souffert du manque d'attention de son père et promène la culpabilité de ne pas avoir assisté aux obsèques de leur mère), voici venu celui de la fraternité. Tout doucement, sur la pointe des pieds. Jamais sans humour, le réalisateur réussit à lier deux univers qui constituent les deux piliers de la fratrie: celui de la famille, bien sûr, et celui de la course automobile. D'un côté, l’amour et la haine; de l’autre, l'action, le suspense et le risque. Giulia et Loris sont animés par les deux sources d'énergie. À chacun de leurs pas, une marche vers la victoire est engagée. Sur eux-mêmes et sur leur relation, sur la mécanique et sur la stratégie de course.

Face à la personnalité sacrément trempée de la jeune fille qui se bat pour des idéaux qui inspirent le respect, Loris oppose la sienne, dilettante, réductrice, mais très vite, le spectateur se prend à croire en sa rédemption, clé du salut qui épargnera la famille toute entière: l’avenir du petit frère, la propriété de la maison, les deux héros eux-mêmes… Nous permettant même d’imaginer le pardon du père – de là où il se trouve – et sa conrtribution active dans le devenir de sa progéniture, à travers le championnat, les retrouvailles, et toute la difficulté d’être une famille à part entière. J'ai particulièrement apprécié l'ascension des révélations qui parviendront à modifier tout doucement l'état de vie de Loris, comme, par exemple, l'émotion contenue qu'il laisse entrevoir en découvrant dans le garage familial la vieille Peugeot de compétition que son père n'a jamais mis au rebus, et qui fut sienne ! Sorte de déclics amenés avec élégance qui nous installent dans la montée d'une belle humanité.

C'est ainsi que Loris se retrouve dans l'éprouvé de ses propres compétences, avec ce sens inné des trajectoires et des entrailles du moteur. Un mot enfin sur l'exceptionnel Stefano Accors. Diplômé de l'école de théâtre de Bologne, il a fait ses armes d'acteur sous la direction de Putpi Avati et Carlo Mazzacurati. Il rentre dans ce rôle à nous en faire totalement oublier à quel point le jeune homme est joli à regarder à la ville. Dans Veloce come il vento, on le retrouve le cheveu long et crasseux, le visage émacié, l'air hagard, les dents jaunes. Un toxicomane en perdition, la pipe de crack à la main. Et tandis qu'un premier accident à bord du bolide de sa jeunesse nous a projetés dans un dénouement sombre, la survie prend le pas, portée par la passion, l'orgueil et, surtout, ces indéfectibles liens du sang. Une performance formidable que Stefano Accorsi commente ainsi: "Je suis un désespéré, et il reste peu de vrais désespérés !". Le Bolognais aura apporté à ce magnifique long-métrage une présence capitale.

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Joss a visiblement apprécié ce film, jamais sorti dans les salles françaises. J'en profite pour vous signaler qu'il a été diffusé en VOD sous le titre Italian race. Et qu'on retrouvera Joss le mois prochain !

lundi 14 mai 2018

Sans concession

Ma maman avait raison: un peu après la mi-avril, je me suis offert quelques soirées cinéma vraiment différentes les unes des autres. Résultat: c'est en Corée que je vous embarque aujourd'hui. L'occasion de vous présenter un thriller tout juste ressorti dans une copie restaurée: Memories of murder. Petit conseil d'ami: accrochez-vous !

Basé sur une histoire vraie, le scénario nous emmène à la campagne. Nous sommes en 1986. Brouillonne et du coup inefficace, la police locale est à la recherche du moindre indice qui lui permettrait enfin de mettre la main sur un serial killer pervers. Un inspecteur débarque de Séoul pour assister ses collègues de province. Il découvre ainsi leurs "méthodes": bidouiller les preuves et torturer le premier suspect venu dans l'espoir de lui arracher des aveux circonstanciés suffisants pour classer toute l'affaire. Il paraît que Memories of murder s'inscrit dans une logique historique où ces techniques étaient encore monnaie courante. Autant dire que vous n'êtes pas là pour rigoler, les amis ! Maintenant, avant de vous effrayer tout à fait, je tiens à vous dire que j'ai trouvé le film très bon, à la hauteur de ses ambitions, en fait.

Les âmes sensibles auront détourné le regard, mais je vous assure que j'ai vu nombre d'autres films franchement plus gore que celui-là. Ce qui est éprouvant ici, ce n'est pas le sang qui coule: c'est plutôt cette idée d'une fatalité à laquelle les hommes ne peuvent s'opposer. Aussi sombre que pessimiste et donc implacable, le récit nous retient dans l'obscurité, sans rien nous laisser pour espérer une ouverture vers la lumière. Là réside toute l'efficacité de Memories of murder ! Le cadre asiatique n'y change pas grand-chose: nous admettons vite que le mal a, cette fois, toutes les chances de triompher du bien. Incongrues, quelques scènes un peu bouffonnes apportent une densité supplémentaire aux divers personnages, dont le désarroi existentiel est d'autant plus palpable qu'au final, il vient s'exprimer face caméra. Autant vous le dire clairement: le jeu des acteurs et la mise en scène m'ont fort impressionné. Je n'en suis pas encore tout à fait revenu...

Memories of murder
Film sud-coréen de Bong Joon-ho (2003)

Un long-métrage comme Epitaph pourrait à présent convenir à celles et ceux qui, parmi vous, partiront en quête d'une production asiatique encore plus tordue. Vous êtes toujours là, les autres ? J'en profite pour vous dire que l'on peut sûrement rapprocher ce cinéma de celui de David Fincher et notamment de son film Zodiac. Je reste à l'écoute des connaisseurs de la Corée pour d'éventuelles autres comparaisons !

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Ah ! Une bonne nouvelle pour les amateurs du genre...
L'ami Strum a publié une (remarquable) chronique d'analyse du film.

samedi 12 mai 2018

Deux femmes et...

Vous vous souvenez de Jeanne Calment ? Cette mamie, ex-doyenne des Français et de l'humanité, est décédée en 1997 à 122 ans, 5 mois et 14 jours ! Le cinéma, lui, fêtera sa 123ème bougie en décembre. Comme une vieille personne, il arrive qu'il rabâche la même histoire archi-connue. Pas toujours, ouf ! Et pas dans Les bonnes manières...

Vrai bonheur de la découverte: je suis allé voir ce petit film brésilien sans trop d'info préalable et en réalité sur la seule foi de la confiance que j'accorde aux programmes proposés par Bruno, le vice-président de mon association. Me voilà aujourd'hui face à un défi: vous parler de cette histoire et vous donner envie de la découvrir, sans lever véritablement le voile sur ce à quoi vous devriez vous attendre. Quelques mots simplement pour vous indiquer que le récit débute d'une manière somme toute franchement banale: Ana, future maman célibataire, embauche Clara, jeune femme sans grande référence professionnelle, pour être son aide à domicile et, à terme, la nounou de son enfant. Très froid au départ, le rapport des deux personnages finit par se réchauffer, dès l'instant précis où Clara comprend qu'Ana est sujette au somnambulisme et s'efforce donc de lui venir en aide. Les bonnes manières devient alors une sorte de conte. Surprenant...

Je vais être cash: la tournure fantastique prise par les événements pourrait en laisser plus d'un sur le carreau. Je fais un simple constat objectif: à notre soirée associative, le film n'a pas fait l'unanimité. Cela étant précisé, je peux dire que moi, je l'ai aimé. Sa dimension onirique m'a convaincu, dans la mesure où, dès les premières scènes pourtant ancrées dans le réel, l'ajout aux décors de quelques effets numériques induit une distanciation propre à introduire l'imaginaire. Sans vouloir vexer qui que ce soit, j'ajoute qu'à mes oreilles, l'idée d'étrangeté se nourrit aussi de la sonorité pour le moins inhabituelle de la langue brésilienne (que je trouve agréable, soit dit en passant). Voilà... pour résumer, Les bonnes manières est un film qui dépayse. Ses deux heures passées nous laissent tout le temps de nous évader de notre quotidien, d'autant que la bande originale, en partie écrite par le réalisateur himself, s'avère elle aussi particulièrement soignée. J'ai donc eu un coup de coeur pour cet "objet filmique non identifié". Un bon exemple de ce cinéma de genre bien trop rare sur nos écrans !

Les bonnes manières
Film brésilien de Marco Dutra et Juliana Rojas (2018)

Une escapade vers l'insolite à partir de la réalité: c'est le programme de Real, curieux film japonais, mais bon... la comparaison s'arrête là. Je ne vois pas d'équivalent au long-métrage présenté aujourd'hui. Soucieux de ne pas trop en révéler, je vais vous indiquer simplement que j'ai relevé quelques points communs avec La forme de l'eau. Situé dans un São Paolo revisité, le voyage est plus fascinant encore !

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Si vous cherchez à obtenir un peu plus de détails...
Je vous conseille de lire la chronique que Pascale a écrite sur le film.

vendredi 11 mai 2018

À un détail près

Le respect que j'ai pour les classiques du cinéma me fait les aborder avec respect et prudence. Je n'ai pas envie de raconter n'importe quoi sur une oeuvre qui aura été culte en son temps. C'est dans cet état d'esprit que je veux vous parler d'Ascenseur pour l'échafaud. On dit parfois que ce film marque les débuts de la Nouvelle Vague française !

La superbe Jeanne Moreau y incarne une dénommée Florence Carala. Déambulant seule dans la nuit parisienne, la jeune femme s'inquiète de l'absence de Julien, son amant, censé la retrouver dans un bistro après... avoir assassiné son mari ! Le plan semble avoir été exécuté à la perfection, mais le meurtrier a commis une erreur fâcheuse qui, quand il s'en aperçoit, l'oblige à retourner sur le lieu de son crime. Problème: quand il reprend enfin le chemin de la fuite, il se retrouve bloqué dans un ascenseur dont l'alimentation est coupée pour la nuit. Ascenseur pour l'échafaud trouve alors la justification de son titre et Maurice Ronet nous offre une très belle prestation en homme tombé dans son propre piège. Un savant mélange alterné nous invite à nous intéresser à son sort et à celui de sa maîtresse, qui se croit trahie quand elle voit la voiture de son complice passer devant elle sans s'arrêter. Nous, spectateurs, savons qu'elle a en fait été volée...

Pas question pour moi de vous révéler comment tout cela s'achève. J'ajoute qu'aux deux acteurs déjà cités, j'ai vu avec joie s'adjoindre d'autres talents, dont le duo Lino Ventura / Charles Denner en flics particulièrement tenaces. Ce n'est toutefois pas pour eux seuls qu'Ascenseur pour l'échafaud est encore perçu comme un grand film aujourd'hui, soixante ans après sa sortie. Non sans rebondissements inattendus, le suspense implacable qu'il propose s'avère très efficace et a séduit l'amateur de (bons) films policiers qui sommeille en moi. Sur le plan formel, j'ai trouvé ce noir et blanc très réussi, les scènes nocturnes que j'ai déjà citées étant sans doute parmi les plus belles. Autant ajouter ce que les cinéphiles savent: elles sont accompagnées d'une bande originale signée Miles Davis, génie de la trompette jazz. L'ambiance qui en découle marque très favorablement les esprits. Allez... j'ai bien quelques petites réserves, liées notamment au jeu d'un autre duo d'acteurs, autour duquel se construit une intrigue secondaire, mais dans l'ensemble, le film m'a emballé. Un pur plaisir !

Ascenseur pour l'échafaud
Film français de Louis Malle (1958)

Est-ce l'effet de l'absence de couleurs ? J'ai l'impression persistante que notre cinéma national ne nous offre plus de films comme celui-là. Dans le genre, Classe tous risques est très bien aussi, par exemple. On dirait qu'ensuite, les grands noms et titres du patrimoine français préfèrent la gaudriole (cf. Le cave se rebiffe ou Un singe en hiver). La métamorphose des cloportes m'incite à prolonger mon enquête...

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Vous préférez retourner dans le Paris nocturne ?
Pas de problème: Eeguab et Lui pourront aussi vous servir de guides.

jeudi 10 mai 2018

Et elle danse...

Bon... avant mon intermède cannois d'avant-hier, je vous avais parlé d'un petit film. Mon fil de chroniques m'invite à en évoquer un autre aujourd'hui: The fits, brièvement sorti en salles en janvier 2017. D'après ce que j'ai lu, il n'aura coûté "que" 150.000 dollars. Il a obtenu le Prix de la critique au Festival du film américain de Deauville 2016 !

En à peine plus d'une heure, Anna Rose Holmer, une documentariste expérimentée qui signe ici sa première fiction, vient coller sa caméra aux basques de son personnage: Toni, une (jeune) Afro-américaine qui, comme son frère, apprend la boxe en amateur. Les choses changent vite quand la demoiselle découvre, au-dessus de sa salle d'entraînement, un groupe de filles de tous âges, aussi noires qu'elle pour la plupart, et pratiquant le drill, une danse proche du hip hop. Révélation ? Peut-être bien, mais The fits ne nous laisse pas le temps d'imaginer le film social qu'il aurait pu être. La réalisatrice a tôt fait de nous emmener dans une autre direction - et oui, c'est intéressant !

Je ne veux pas trop en dire, mais une atmosphère de mystère accompagne le film à partir du moment où le scénario qu'il déroulait jusqu'alors bifurque et prend une tournure franchement inattendue. Certains y verront sans doute un curieux rêve éveillé, quand d'autres interprèteront les images comme une allégorie de ce qui peut arriver aux gamines au moment où elles atteignent l'adolescence. Je dois dire que je serais tout à fait curieux d'avoir un avis féminin sur The fits. Autant insister: singulière, cette "proposition de cinéma" m'a laissé quelque peu interloqué, loin de mes repères habituels sur la scène indépendante américaine. C'est d'ailleurs très bien ainsi, je trouve. Accepter qu'un récit ne soit pas tout à fait cartésien, ça permet aussi de considérer les choses sous un autre angle... et ce n'est pas inutile !

The fits
Film américain d'Anna Rose Holmer (2016)

Entre Billy Elliot en plus énigmatique et... Carrie au bal du diable en moins sanglant, le film a su me plaire de sa drôle de façon ! Il est même parvenu à me transporter sur ses frêles épaules, la scène finale m'évoquant un peu celle d'un autre opus au style aérien: Andalucia. Une chose est sûre: une telle création n'apparaît pas chaque semaine sur les grands écrans blancs de nos cinémas. Et on peut le regretter...

mardi 8 mai 2018

Cannes au premier jour

C'est toujours avec une certaine curiosité que j'attends chaque année l'heure du retour du Festival de Cannes. Pour info, la 71ème édition démarre en décalé, non pas un mercredi, mais un mardi: aujourd'hui. Parmi les 1.906 films soumis à son jugement, le comité de sélection en a retenu 21 pour se disputer la Palme d'or. Quel boulot, mes amis !

De mon côté, je ne prétends pas désormais vous proposer une liste exhaustive des courts et longs-métrages à surveiller de (très) près. J'aurai sûrement l'occasion d'un bilan post-festivalier pour vous dire mes préférences. Pour l'heure, j'avais plutôt envie d'une chronique subjective, à partir des éléments factuels notés avant le coup d'envoi. Ce qui me conduit à exprimer ma joie de voir Cate Blanchett au poste de présidente du jury ! L'Australienne n'est "que" la onzième femme choisie pour assumer ces fonctions. Je suis déjà sûr qu'elle le fera avec classe. Pour parler de son discernement, j'attendrai la suite ! Cannes ne s'est jamais déroulé sans son lot de surprises, après tout...

Après The square et Ruben Östlund, qui remportera la récompense suprême ? C'est presque impossible de le pronostiquer. Il est avéré que la Croisette n'est pas coupée du monde pendant les quinze jours que dure la compétition, mais aussi que les choix du jury cannois s'écartent parfois sensiblement des attentes des médias spécialisés et/ou du grand public. Et qu'il est agréable de se laisser surprendre ! Après tout, le grand vainqueur 2017 avait été admis en compétition au tout dernier moment, ramenant au passage à son pays - la Suède - une Palme... qui avait toujours échappé au grand Ingmar Bergman ! J'imagine que, d'ici deux / trois jours, on aura déjà quelques échos...

La première de mes certitudes, c'est que le glamour compte toujours. Fidèle à son image, Cannes, cette année, démarre en grand pompe avec le couple Penelope Cruz / Javier Bardem, qui vient ouvrir le bal grâce au nouveau film de l'Iranien Asghar Farhadi, Everybody knows. Bonus: le long-métrage participe à la compétition et nous aurons l'occasion de le découvrir en salles... dès demain ! J'ai l'impression que la course à la Palme sera très ouverte cette année, la sélection n'accueillant qu'un seul ex-lauréat, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan. Qu'un vent de renouveau souffle sur le Festival me ferait bien plaisir. On ne lui a que trop souvent reproché son (prétendu) conservatisme !

Le fait est que Cannes n'échappe jamais tout à fait à l'engagement politique. Sans la transformer en tribune, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, assume parfaitement le fait d'avoir associé quelques nouveaux visages à sa sélection, tout en y refusant d'ailleurs les films produits par la société américaine Netflix - au seul motif qu'ils n'étaient pas programmés pour sortir dans les salles françaises. On notera, parmi les candidats à la Palme, deux cinéastes censurés dans leur pays: l'Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov. Des démarches ont été faites pour défendre leur approche, mais l'un et l'autre devraient manquer le rendez-vous cannois. Pensons à eux...

Les absents du Festival ne sont pas toujours privés de liberté. Exemple: bien qu'il ait de nouveau été retenu dans la sélection officielle, il se dit que le Franco-suisse Jean-Luc Godard, 87 ans, devrait rester chez lui plutôt que de venir parader sur la Croisette. Entre nous, je me fiche bien qu'il soit là pour défendre Le livre d'image ou non. D'autres longs-métrages m'intéressent: outre le film d'ouverture, je suis impatient d'en savoir plus sur Les filles du soleil d'Eva Husson, En guerre de Stéphane Brizé, Une affaire de famille d'Hirokazu Kore-eda, BlacKkKlansman de Spike Lee et Yomeddine d'Abu Bakr Shawky. Vous saurez donc bientôt si j'ai eu le nez creux...

Quoi qu'il en soit, et même si je dois admettre n'avoir encore vu aucune des quatre dernières Palmes, je continue d'aimer le Festival. Malgré ses défauts, son côté international me fascine et j'ai été ravi d'apprendre que, cette année, il accréditerait de jeunes cinéphiles pour leur ouvrir ses portes, un peu avant la fin de la compétition. Quant à moi, j'étais disposé à attendre juin - et sa sortie en salles - pour découvrir L'homme qui tua Don Quichotte, annoncé à la clôture de la Quinzaine cannoise. Las ! Un énième incident est venu perturber le parcours ô combien chaotique du film "maudit" de Terry Gilliam. L'ex-Monty Python est désormais en conflit avec... son producteur. Leur bataille juridique pourrait conduire à une déprogrammation ! Une issue qui serait rude pour le duo Jonathan Pryce / Adam Driver...

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Voilà, j'ai à peu près fait le tour...
À vous, désormais, de me dire si Cannes vous enthousiasme ou non. Et je vous saurai gré d'argumenter votre point de vue, quel qu'il soit !