lundi 24 juillet 2017

Rome est une fête

Je n'ai pas tout dit, hier: il n'y avait bien sûr pas qu'un court-métrage au programme de mon association, pour cette belle soirée de clôture de saison. Pour terminer sur une note légère, nous avons programmé une comédie de la grande époque du cinéma italien: Larmes de joie. Un noir et blanc classieux et une histoire franchement sympathique...

Gioia fait de la figuration sur les plateaux de tournage, rêve d'accéder au statut de star et se comporte presque comme si elle en était une. Umberto, son étrange ami, s'est associé avec un homme plus jeune sans vraiment comprendre pourquoi et s'apprête en fait à dérober quelques fêtards plus aisés que lui. C'est la nuit de la Saint-Sylvestre et l'idée de son complice est de profiter de l'inattention générale. D'accord pour en convenir: résumé et exprimé ainsi, le scénario paraît un peu mince pour faire un bon film. Pourtant, je peux vous assurer que Larmes de joie en est un... et même davantage, par la grâce notamment des trois comédiens: Anna Magnani, Totò et Ben Gazzara.

Ce qui est beau, en réalité, c'est que le long-métrage sait jouer talentueusement sur une gamme d'émotions variées. En clair, Larmes de joie n'est pas seulement drôle: il dit également quelque chose d'intéressant sur la société italienne d'alors, en faisant d'ailleurs quelques références à son histoire récente... disons, "compliquée". Conséquence: les dialogues contiennent aussi un peu de mélancolie. Quitte à casser le rêve d'une vie (ou d'une nuit) d'insouciance, le film le fait avec délicatesse, en permettant à ses truculents personnages de garder toujours la tête haute, sans jamais en faire des perdants. J'ai déjà signalé la qualité de la photo et j'ajoute juste que j'ai trouvé que tout était en fait irréprochable sur le plan formel, ce qui hisse cette gentille comédie au rang d'archétype, si ce n'est de classique. Bref... cet opus vaut le détour, lui qui vient juste d'être restauré. C'est certain: il me reste beaucoup à découvrir sur le cinéma d'Italie !

Larmes de joie
Film italien de Mario Monicelli (1960)

Du même réalisateur, je n'avais vu que Le pigeon, que j'avais jugé moins convaincant - peut-être changerais-je d'avis si je le revoyais ! L'excellente réputation de la comédie italienne de cette époque m'encouragera sûrement à saisir d'autres opportunités éventuelles. Logiquement, ce sera meilleur que les pochades franchouillardes actuelles. Même si je préfère Billy Wilder, Blake Edwards et autres... 

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Ailleurs sur le Net...

Le film fait également l'objet d'une chronique de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 23 juillet 2017

Un épisode de plus

C'était, l'autre soir, la soirée de clôture estivale de mon association. Nous ne nous réunirons plus au cinéma avant le... 8 septembre ! Reste que, pour finir en beauté, nous avions un invité: le réalisateur français Benoît Grimalt. Formé à la photo aux Gobelins et dessinateur passionné, notre hôte aime donc également les images qui bougent...

Il est en fait venu nous présenter Retour à Genoa City, un film court récompensé au dernier Festival de Cannes, dans la sélection parallèle de la Quinzaine des réalisateurs. Pendant une trentaine de minutes environ, ce "quasi-documentaire" nous emmène chez la grand-mère du cinéaste, une vieille dame qui vit avec son frère. Le principe premier est de leur faire expliquer l'intrigue d'une série américaine, Les feux de l'amour, qu'ils regardent depuis de lonnnnnngues années. La voix off précise que le feuilleton est présent à la télé américaine depuis 1973, sans interruption, et en France sur TF1 depuis 1989. Statistique incroyable: plus de 11.000 épisodes ont bien été diffusés !

J'ai trouvé les scènes où les deux p'tits vieux essayent de se souvenir assez drôles, même si, bien sûr, elles sont un peu pathétiques aussi. Finalement, petit à petit, Benoît Grimalt ressort ses propres images d'archive et montre alors, avec une certaine douceur, que son envie n'était pas de se moquer de ses aînés, mais au contraire de leur faire raconter leur propre vie de pauvres gens, leur lointain départ d'Italie pour l'Algérie d'abord, leur arrivée à Nice ensuite, quelques décennies plus tard. Peine perdue: comme sur la petite lucarne, les souvenirs d'hier sont très effacés et le peu qui reste paraît de peu d'importance. Évidemment, c'est un peu triste, mais c'est aussi cela, la vraie vie. Que vous dire ? Que, si vous en avez l'occasion, c'est une bonne idée d'y regarder de plus près grâce, par exemple, à ce petit film étonnant.

samedi 22 juillet 2017

Réel... ou pas

Je vous fais un aveu: il me semble que, le jour où j'ai décidé de créer ce blog, je pensais ne pas y chroniquer de films produits pour la télé ou de documentaires. Mais vu qu'hier encore, j'ai "trahi" ce principe d'exclusion, cela m'a donné l'idée de juger de ce que le documentaire apporte au cinéma... et réciproquement. Avis absolument subjectif...

Quid du récit ?
Pour les histoires racontées, il me semble très clair que je continue de préférer franchement la fiction. Une petite anecdote: j'ai entendu le cinéaste français Pierre Jolivet expliquer qu'à ses yeux, elle était toujours plus proche de la réalité, sachant que le documentaire n'ose ou ne peut pas toujours pousser toutes les portes. Point de vue intéressant, que je ne partage pas tout à fait. Cela me fait réfléchir. D'autant qu'au cinéma, j'apprécie aussi qu'on ne m'explique pas tout !

Et les acteurs, alors ?
Du côté de la fiction, cette évidence: les protagonistes jouent un rôle. Même s'ils lâchent la bride de leurs propres émotions en s'inspirant parfois de ce qu'ils vivent ou ont vécu, il me semble qu'une distance demeure dans 99% des cas (et c'est plutôt bien ainsi, à mon avis). Maintenant, il est très probable aussi que, face à la caméra, le sujet d'un documentaire n'ait pas tout à fait la même attitude qu'au cours d'un échange direct avec ses amis. Donc... égalité et balle au centre.

Une question d'image ?
C'est un peu idiot, mais j'ai longtemps pensé que les réalisateurs spécialisées dans le documentaire soignaient moins leur photographie que les cinéastes de fiction. J'ai d'abord constaté que la frontière était poreuse: certains filmeurs travaillent dans les deux registres. Par ailleurs, j'ai appris et fini par admettre que, sur certains projets de grande qualité, la production repose sur l'association des talents. Après tout, quand on le peut, c'est bien aussi de croiser les regards...

Oui, mais le son... et la musique ?
Je crois que la fiction est un peu plus libre du point de vue sonore. Maintenant, si l'on parle musique, je suis convaincu que les choix qu'effectuent les réalisateurs vont nettement influer sur la perception que l'on peut avoir d'un film, qu'il soit censé représenter une réalité ou non. J'apprécie la musique, oui, quand elle amplifie les émotions. Cela dit, je n'aime pas... les violons, qui en ajoutent à une scène explicite ou, au contraire, viennent masquer les faiblesses de l'image.

Et si tout était montage, finalement ?
Ces dernières années, j'ai vu apparaître plein de director's cuts, films de fiction découpés en fonction des souhaits de l'artiste-réalisateur. C'est ainsi que j'ai compris qu'aux États-Unis par exemple, ce travail de validation du montage final relevait souvent... du producteur. Maintenant, je ne sais pas vous dire si les auteurs de documentaires ont plus (ou moins) les coudées franches sur leur travail. J'imagine que toutes les situations existent, mais ce n'est donc qu'une intuition.

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Allez, je termine avec un autre aveu...
Un double, en fait: je ne sais pas si j'ai été juste et clair, mais je suis sûr d'avoir été incomplet, restant muet sur l'origine du documentaire de cinéma, notamment. Bref, vos lumières et opinions m'intéressent !

vendredi 21 juillet 2017

Les voix de l'ombre

Bon... je ne vais pas m'éterniser sur Twenty feet from stardom. C'est un film intéressant, mais je n'ai pas grand-chose à en dire. Traduisons le titre, tiens... À vingt pieds (six mètres) de la célébrité. Bien trouvé, je l'admets. Et je vais quand même en dire davantage...

Sur le sujet...
C'est très étrange: j'étais persuadé que ce film américain avait trouvé son public en France, avant de m'apercevoir qu'il n'y avait été diffusé que dans deux (!) salles, n'attirant alors, si toutefois ma source habituelle est fiable, que 33.039 spectateurs. Bref... ce documentaire oscarisé s'intéresse à plusieurs femmes noires de générations diverses, qui ont travaillé - ou travaillent encore - comme choristes auprès de grandes vedettes: les Stones, Bruce Springsteen, Sting, Stevie Wonder, Ray Charles ou Michael Jackson... la liste est longue !

Sur le résultat...
Il est plutôt bon: oui, cette heure et demie de cinéma vaut le détour sur le fond et adopte une grande sobriété sur la forme. Il est difficile d'être indifférent aux histoires de ces femmes, restées dans l'ombre d'autres artistes et rarement admirées à la hauteur de leur talent. Bon... heureusement, celles et ceux qu'elles accompagnent sur scène témoignent de leur reconnaissance et, au passage, le film montre aussi que certaines de ces voix anonymes n'en demandent pas tant. Reste que d'autres, arrivées trop tôt ou trop tard, auraient bien aimé mener une carrière solo, ce qui n'a pas toujours été possible, de fait. Pathétique ? Oui et non: la plupart ont encore une incroyable énergie !

Sur le petit bémol...
Histoire de chipoter, je relève un détail qui m'a empêché d'adhérer plus intensément à ce que le documentaire raconte: ma connaissance somme toute assez limitée de certain(e)s des artistes évoqué(e)s. C'est très personnel, n'est-ce pas ? Le réalisateur n'y est pour rien. J'ajoute qu'il a gagné son pari de m'intéresser - et de m'embarquer - avec les extraordinaires morceaux qui parsèment le documentaire. J'imagine qu'il n'est jamais trop tard pour apprendre, pas vrai ? Clairement, comme ses protagonistes, le film gagne... à être connu !

Twenty feet from stardom
Documentaire américain de Morgan Neville (2013)

Pas si courte que ça, cette chronique découpée en paragraphes ! J'espère qu'elle vous donnera envie de découvrir le film... et ensuite d'apprécier ces incroyables chanteuses, plus ou moins oubliées. Dernière chose à souligner: ce qui est dit est visiblement une copie conforme de leurs réalités. Dans ce même registre, j'avais regretté les inventions (ou petits arrangements) du sympathique Sugar Man...

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Et hop ! Un pas de plus vers le Movie Challenge complet...

Je coche aujourd'hui la case n°28: "Un film ayant obtenu un Oscar". Lequel ? Celui du meilleur documentaire 2014... et c'est bien mérité !

mercredi 19 juillet 2017

Question d'affinités

Je l'ai vérifié après coup: je n'avais pas vu de film de Cédric Klapisch depuis longtemps. C'est très logique: je connais TOUS les précédents et Ce qui nous lie, le dernier en date, n'est sorti que le mois dernier. Bon... si je manquais d'imagination, je dirais que c'est un bon cru. Vous saviez qu'il se déroule dans le milieu viticole, non ? Détaillons...

Jean, la trentaine, réapparaît en Bourgogne après cinq ans d'absence. Dans la vieille maison familiale, lui qui n'a donné aucune nouvelle récente retrouve sa soeur Juliette, émue mais heureuse de le revoir enfin, et son frère Jérémie, rongé par un fort sentiment d'abandon. Très vite, on apprend que la mère du trio est morte et que le père, absent lui aussi, agonise lentement à l'hôpital. Que les âmes sensibles se rassurent: comme le titre le suggère joliment, Ce qui nous lie s'intéresse davantage à ce qui réunit les membres d'une communauté qu'à ce qui les oppose. Comme vous pourriez l'avoir compris, le film nous parle d'héritage, matériel et moral, de la force des liens fraternels et familiaux, mais aussi de la manière dont on s'émancipe parfois d'un carcan parental trop étroit, des erreurs que l'on commet alors et de comment on peut les rattraper (ou pas). Une opportunité pour mettre en avant des valeurs d'apaisement et de réconciliation...

Cédric Klapisch n'a pas changé et d'aucuns ne verront dans son cinéma que l'expression d'une grande naïveté. Je parlerais plutôt d'idéalisme. De fait, dans Ce qui nous lie comme ailleurs, rien n'est jamais grave sur un temps très long et les personnages finissent toujours par régler leurs différends et calmer leurs états d'âme. Cela fonctionne sûrement mieux sur les spectateurs acquis à la cause, qui pourront reconnaître certaines des situations exposées comme des choses qu'ils ou elles ont connues. Il faut noter aussi que le long-métrage s'écarte parfois des sentiers battus et rebattus par son réalisateur quinquagénaire: le cadre rural a pris la place de l'arrière-plan citadin très souvent utilisé jusqu'alors. Et ? Ma foi, c'est une belle réussite. Un peu "enjolivées" sans doute, ces terres de la campagne bourguignonne sont montrées à toutes les saisons et c'est assez rare au cinéma pour être signalé. Pour le reste, la troupe des acteurs habituels pointe aux abonnés absents... et la famille klapischienne s'agrandit, du coup. Ana Girardot, Pio Marmaï, François Civil: au top !

Ce qui nous lie
Film français de Cédric Klapisch (2017)

Je peux comprendre qu'on passe à côté de l'oeuvre de ce cinéaste particulier: en fait, si je ne tenais pas compte de... ce qui me lie à lui depuis de longues années, mon avis serait plus nuancé et ma note légèrement plus basse. Mais pourquoi cacher mon plaisir véritable pris à retrouver ce "vieil ami" des grands écrans ? Aucune raison. Vous ne l'avez jamais pratiqué ? Débutez donc avec... Riens du tout !

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Une petite précision s'impose...
J'ai dit en introduction que je connaissais tous les films de Klapisch. Ce n'est vrai que pour les longs-métrages de fiction. Il me manque quelques courts, ainsi que ses documentaires, consacrés au perchiste Renaud Lavillenie et à la danseuse-étoile Aurélie Dupont, notamment.

J'ajoute une mention Movie Challenge...
Je pensais la garder pour un autre cinéaste, mais bon... je crois pouvoir valider l'objectif n°21: "Un film d'un réalisateur que j'adore".

Et, tant qu'on y est, un petit lien ailleurs...
Il vous permettra d'en terminer en allant lire la chronique de Pascale.

lundi 17 juillet 2017

Voir encore

Elle porte un prénom intensément cinématographique... et il s'avère que c'est aussi le titre du film dont elle est l'héroïne. Ava passe presque pour une ado ordinaire, mais elle ne l'est pas: un médecin l'informe que, petit à petit et irrémédiablement, elle va perdre la vue. C'est l'une des scènes qui lancent ce premier long-métrage épatant...

Au tout début, c'est en fait une plage bondée de la côte atlantique sud que filme Léa Mysius, pour ouvrir donc sa première création cinéma. Sur cette plage, un gros chien noir profite de l'endormissement d'Ava pour lui voler une portion de frites, avant son réveil en sursaut. Bientôt, on découvre que la demoiselle est en vacances avec sa mère et sa petite soeur. Espoir maternel: qu'elle puisse oublier cette cécité annoncée. Seulement voilà... Ava n'a plus l'âge des châteaux de sable et pas encore celui d'une grande fille raisonnable. Elle s'accomplit donc dans les bêtises ou se montre provocante, sans souci d'obéissance. C'est une ode à une certaine forme de liberté qui défile sous nos yeux étonnés. Car oui, je veux l'affirmer sans barguigner: ce premier opus d'une cinéaste encore jeune - Léa Mysius n'a "que" 28 ans - détonne franchement avec le commun de la production cinématographique française contemporaine. Je l'ai apprécié... pour cette même raison !

Nappé dans une bande-son impeccable et sublimé par une photo quasi-parfaite, le film m'a fait forte impression, malgré ses défauts. La fuite en avant de cette femme en devenir, soucieuse de se saisir de la beauté avant qu'elle ne disparaisse, m'a touché et m'est apparu assez juste, même si ce récit (initiatique) tient aussi du conte. L'air de ne pas y toucher, ce drôle d'objet de cinéma trouve également quelques échos dans la société occidentale que nous connaissons aujourd'hui, marquée souvent par l'aveuglement idéologique et le repli sur soi. En cela, et bien qu'il s'appuie à 90% sur un personnage adolescent, le scénario est très adulte... et assez sombre, à vrai dire. Je crois devoir souligner qu'il est aussi "sexué": je veux dire par là que quelques corps se dénudent, dont celui de la jeune fille, dévoilé dans son intégralité (attention, donc, aux yeux encore sensibles). Bon... c'est sûrement parce qu'il montre tout ce que sa jeune héroïne ne verra bientôt plus que le film a su me toucher. Une belle surprise !

Ava
Film français de Léa Mysius (2017)

J'ai très envie de voir La balade sauvage, pour comparaison: le titre du premier film de Terrence Malick (1973) me reste en mémoire depuis que je suis sorti de la salle de cinéma. Thelma et Louise demeure un autre de ces films "libres" que je veux revoir absolument. Que vous conseiller en attendant ? D'admirer d'autres filles éprises d'autonomie avec Hanna ou Tracks. Le tout dans des styles variés...

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Deux précisions qui peuvent avoir leur importance...

La jeune fille qui joue Ava s'appelle Noée Abita: ce sont ses débuts ! Elle est un peu plus âgée que son personnage: elle a 18 ans, paraît-il. Quant à Léa Mysius, elle avait déjà réalisé quelques courts-métrages et coécrit le dernier film d'Arnaud Desplechin: Les fantômes d'Ismaël.

Et un pas de plus vers un Movie Challenge complété...
Je coche aujourd'hui l'objectif n°33: "Un film avec un mariage". Aucune crainte à avoir: je n'ai rien révélé d'important sur le scénario.

samedi 15 juillet 2017

La guêpe fait son cinéma

Une chronique de Joss

Ben oui, après tout, l'été est aussi l’occasion de fêter les insectes, non ? N'en croyez rien, la "guêpe" ici, c’est la bonne vieille Vespa. Choisie pour célébrer l'été, les balades en liberté, la douceur, la jeunesse, celle de nos parents et la nôtre, puisque toujours sacrément branchée, même à soixante et onze ans. Bon, je ne prétendrais pas me montrer exhaustive. À vrai dire, je compte même sur vous pour allonger la liste et bien sûr, en même temps, nous dire combien vous aimez (ou détestez) la Vespa... et les films cités.

Évasion sur deux roues, à l’italienne. Ou pas. La "guêpe" ne faiblit pas et les sites et blogs qui se plaisent à en raconter les prouesses de tous ordres sont légion. Nous commencerons donc par un premier survol de 1953 à nos jours… Ensuite, je vous proposerai trois étapes avec un trio de comédies que j'ai particulièrement appréciées. Et bien évidemment, arrive le film culte où Grégory Peck et Audrey Hepburn se livrent à une virée sans nom (Audrey qui n'a en fait jamais conduit de deux roues !) dans Vacances romaines de William Wyler (1953). À cette époque, on roule sans casque – liberté et sensualité garanties.

Cinq ans plus tard, Claude Autant-Lara met en scène Brigitte Bardot et Franco Interlenghi dans En cas de malheur (1958). C'est sur les routes de son arrière-pays cagnois que Jean Renoir tourne Le déjeuner sur l'herbe (1959), où Paul Meurisse se grise d'un mode de vie inconnu pour lui, à la tête d'une cohorte de jeunes villageois(es). La dolce vita de Federico Fellini (1960) n'échappera pas non plus au sacre de la Vespa, avec une marée de paparazzi scooterisés encerclant une automobile.

Dans Nous irons à Deauville de Francis Rigaud (1962), ce sera au tour de Louis de Funès et Michel Serrault de se déplacer allègrement. Toujours au cours de cette année fructueuse, sort Jessica de Jean Negulesco et Oreste Palella, où Angie Dickinson joue le rôle d’une sage-femme qui fait tourner la tête de tous les hommes d'un village sicilien, notamment en chevauchant sa Vespa. Grand bond en avant pour voir Rossy de Palma poser parmi un groupe d'acteurs à l'affiche dans Attache-moi de Pedro Almodovar (1990). Et nous fonçons avec délectation dans Journal intime de Nanni Moretti (1993), qui débute par un fantastique plan-séquence tourné dans les rues de Rome en plein mois d'août. Che caldo !

On passe sur Matt Damon et Gwyneth Paltrow dans Le talentueux Mr. Ripley d'Anthony Minghella (1999) et l'on saute dans la décennie suivante avec Owen Wilson et Eddie Murphy dans Espion et demi de Betty Thomas (2002). La même année, nous sommes conquis par Respiro d'Emanuele Crialese, avec la sublime Valeria Golino qui n'hésite pas à transporter toute sa petite famille en… Vespa ! En 2005, dans Les poupées russes, Cédric Klapisch demande à Xavier (Romain Duris) de prendre Kassia (Aïssa Maïga) sur son Piaggio: jolie aventure dans Paris !

Trois ans plus tard, dans Quadrophenia de Franc Roddam (2008), les Vespa se mêlent aux Lambretta conduites par des Mods, avec rien moins que le beau Sting au centre ! Et la même année, dans L'amour de l'or d'Andy Tennant, Matthew McConaughey et Kate Hudson partagent encore la vedette avec la Vespa. Qu'il s'agisse d'Un château en Italie de Valeria Bruni Tedeschi (2013) ou encore de Zoolander 2 de Ben Stiller (2016), tous ces longs-métrages se retrouveront également liés à l'image du mythique scooter. On en redemande !

Vacances romaines / William Wyler /1953
Le bijou dans le genre ! Comme ceux de la jeune princesse (Audrey Hepburn) qui sillonne l'Europe au nom du protocole. Chapeautée 24h/24.par une cour d'adultes (très) mûrs, Ann fait halte à Rome où elle craque et fugue. Et la voilà qui se fait couper les cheveux (comme une vraie femme à la mode), qui se régale de glaces et de contacts avec la vie populaire, qui s'enivre et s'endort sur un banc pour finalement rencontrer le séduisant journaliste Joe Bradley (Gregory Peck), sans jamais lui révéler son identité. Avec lui, s'ensuit une inoubliable journée de liberté en Vespa dans les rues de Rome.

Mais c'est sur cette mythique visite motorisée, suivie d'un bal de nuit, dans un amour pourtant partagé, que la princesse prendra finalement la décision de rejoindre son palais où on la sent cette fois prête à devenir adulte et à s'imposer, après le délire de la Vespa, la rigueur de son rang qu'elle aborde avec un sang-froid inattendu. Quant au reporter malheureux mais résigné, il renonce à tout: à son amour par la force des choses, et aussi au profit financier d'un reportage juteux qu'il lui offrira en gage. En gage d'amour bien évidemment. Résultat, trois Oscars sur dix nominations. La Vespa y est peut-être pour quelque chose...

Le déjeuner sur l'herbe / Jean Renoir / 1959
Mon seul choix tourné en France et sans aucun lien avec l'impressionnisme de Manet, ni Renoir. Voici l'œuvre de la descendance, sortie six ans après le chic Vacances romaines. Ce sont cette fois des vacances provençales qui nous révèlent une (et plusieurs) Vespa sur des routes bruissantes de cigales. Du rocambolesque à tout va, où Paul Meurisse se montre étonnant (et même des ressemblances avec Louis Jouvet, son allure guindée et son cynisme bon enfant), en la personne du professeur Étienne Alexis, biologiste fou de la fécondation artificielle pour "libérer" les masses.

Celui-ci doit convoler avec une maîtresse femme, caricaturale responsable allemande dans les mouvements de jeunesse. Tout dans la rigidité jusqu'à ce qu’Étienne Alexis fasse la rencontre de Nénette, la fille du métayer (Fernand Sardou), lors d’un pique-nique. Vous apprécierez le même accent à couper au couteau du père et de la fille ! Le professeur l'apprécie d'autant plus que celle-ci s'enthousiasme pour la fécondation artificielle, préférant les enfants aux hommes ! Une joyeuse balade en Vespa sous les pins (fort bien rendue par la caméra) avant une nuit sous les étoiles azuréennes suffira à faire basculer nos deux héros dans un attachement sincère. Spectaculaire revirement où la Vespa revêt un rôle essentiel pour élever les personnages vers le sommet des collines et aussi vers… le bonheur !

Journal intime / Nanni Moretti / 1993
Après avoir déjà fait l'objet d'une chronique sur ce blog, nous ne nous attarderons guère sur ce magnifique film italiano-français, écrit, réalisé, interprété et produit par l'inénarrable artiste. La Vespa marque le premier chapitre d'un biopic très particulier, parmi trois volets qui se déclinent en pures odyssées: dans la ville de Rome, dans les îles éoliennes, et enfin dans le monde médical.

On y découvre un Nanni Moretti en balade constante: volontaire et libre en Vespa dans les différents quartiers de la capitale ; avec un ami sur le ton d'une découverte qui ne le conduit jamais à vivre ce qu'il souhaite vraiment ; et enfin, carrément ballotté entre les mains d'un corps médical toujours hermétique et sacrément incohérent. Évidemment, il n'est pas difficile de conclure que, pour vivre ses aspirations profondes, le personnage a besoin d'un moyen de transport rapide et facile: la Vespa !

Elle devient l’outil de ses pérégrinations physiques et mentales. Grâce à elle, il zigzague sans danger au gré de ses humeurs et à travers le temps, décrivant la Rome de tous les âges jusqu'à la terre de Pasolini. L'essence même de l'Italie, quoi !

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Conclusion (par Martin): chères toutes et chers tous, je dois ajouter que Joss avait prévu un quatrième film... mais, en fait, ce dernier n'est pas rentré dans les clous du sujet choisi. Il va donc sans dire qu'elle et moi comptons désormais... sur vos savantes contributions !

Et vous pouvez (re)découvrir Vacances romaines et Journal intime...

jeudi 13 juillet 2017

Espions, mais pas top...

Je connais assez le cinéma pour ne plus tomber dans le piège classique qui consiste à n'être attiré que par un casting prestigieux. Pourtant, c'est bien sa distribution qui m'a incité à voir Conspiracy. Mauvaise idée ? Je n'irai pas jusque là. Le film est juste ordinaire. Pas de quoi parler d'un scandale, mais pas de quoi se relever la nuit...

Du côté des acteurs...
C'est donc l'arme de persuasion massive du long-métrage: il place devant la caméra quelques noms intéressants. Vous retrouverez ainsi, aux côtés de Noomi Rapace dans le rôle principal, un Orlando Bloom tatoué en mode bad guy, une Toni Colette aux cheveux blond platine coupés ras, mais aussi et surtout un duo d'anciens que je jugeais prometteur: John Malkovich / Michael Douglas. Plutôt pas mal, non ? Cela étant noté, j'ajoute que tout ce petit monde joue à l'économie. Sûrement parce que, concrètement, il n'y a pas grand-chose à faire...

Du côté du scénario...
L'histoire, elle, reste très conventionnelle: nous suivons une espionne infiltrée dans les quartiers populaires de Londres, soudain sommée d'interroger un jeune type qui pourrait être membre d'un réseau terroriste. Un gros retournement de situation plus tard, la chasseuse est devenue la proie. Commence alors l'une de ces course-poursuites dont le cinéma d'action est friand, en route vers la rédemption annoncée de l'héroïne, inquiète d'avoir jadis causé la mort de dizaines d'innocents. Tout cela est vu et revu. Un récit sans grande passion...

Du côté de la forme...
Là-dessus, pas de reproche à formuler: les scènes les plus "agitées" tiennent la route, mais c'est bien le moins qu'on puisse attendre. Franchement, je n'ai rien vu qui sorte du lot et puisse prétendre redéfinir les standards du genre. Je constate du même coup que je n'ai que peu entendu parler du film - ce qui est sans doute révélateur. Qu'est-ce que nous pouvions espérer de mieux ? C'est difficile à dire. Disons simplement que, dans un registre très codifié, le long-métrage reste sagement dans les clous. D'où cette impression de médiocrité...

Conspiracy
Film britannique de Michael Apted (2017)
L'homme derrière la caméra avait signé un épisode du James Bond des années 90: Le monde ne suffit pas, dont j'ai aussi un souvenir très mitigé. Sans tomber dans le jeunisme, je constate qu'il a 76 ans et quelques difficultés avec les codes des action movies efficaces. Bref... côté espionnage, autant retrouver notre ami Jason Bourne ! Ou encore un truc plus haletant - du genre Spy game, par exemple...

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D'autres échos peu enthousiastes...

Vous pourrez en lire chez Pascale et (surtout) sur le blog de Dasola.

mercredi 12 juillet 2017

À marche forcée

Au départ, j'avais prévu de rédiger un diptyque: après avoir repéré deux films avec Reda Kateb, je pensais les regarder l'un après l'autre pour me donner une bonne raison (de plus) de parler de cet acteur. Finalement, d'autres longs-métrages se sont intercalés et ce n'est qu'aujourd'hui que j'en arrive à Loin des hommes. Sans regret aucun.

Ce joli moment de cinéma est l'adaptation de L'hôte, une nouvelle d'Albert Camus, publiée dans le recueil L'exil et le royaume (1957). Presque à chaud, l'auteur évoque les premiers feux de la guerre d'Algérie et place son héros, Daru, un instituteur, au coeur de l'Atlas. Reclus, mais tout à fait heureux de faire la classe, notre homme n'attend vraiment rien d'autre, si ce n'est qu'on le laisse continuer. L'affaire se complique quand, un matin, un homme à cheval lui confie un prisonnier arabe, soupçonné d'avoir tué son cousin, et qu'il faut conduire à un juge. Daru refuse, tout d'abord, mais finit par céder. Inutile, je crois, que je vous dise pourquoi et que j'en dévoile davantage. Loin des hommes n'est pas un film bavard, mais il pose très vite un enjeu tout à fait clair. Ce n'est sûrement pas un défaut...

Je vous dois toute la vérité: c'est d'abord la magnificence du cadre nord-africain qui m'a scotché à l'écran. Même si c'est en fait au Maroc que ses images ont été tournées, la photo du film a su m'emmener ailleurs en moins de temps qu'il ne m'aura fallu pour l'écrire. Un régal ! Au fond, dans son austère beauté, cette montagne tient presque lieu de personnage à part entière, comme la première menace tangible affrontée par les protagonistes. Et, confirmation de ce que j'espérais avant de m'y aventurer, Reda Kateb est excellent, comme d'habitude. Il forme avec Viggo Mortensen un duo épatant, d'autant que l'acteur américano-danois a fait le choix de jouer en français, sans doubleur. Une petite précision: malgré ce titre trompe-l’œil, Loin des hommes est une oeuvre pleine d'humanisme, dure, mais jamais désespérée. Ambitieuse, très certainement - ce qui n'est pas un défaut non plus. Je lui ai trouvé parfois un petit air de western, ce qui vient renforcer l'envie que j'ai désormais de lire le texte originel (et d'autres Camus). Du cinéma français de cette qualité, j'en voudrais bien tous les jours !

Loin des hommes
Film français de David Oelhoffen (2015)

Pas facile de trouver un long-métrage comparable ! Si vous voulez poursuivre dans le même secteur géographique, je vous recommande vivement Le repenti, un film algérien sur l'histoire encore récente. Sinon... Desierto se joue sur un terrain similaire, mais à la frontière américano-mexicaine, et vous parlera d'un sujet vraiment différent. Autour de la fraternité en terrain hostile, il reste La dernière piste...

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Pour finir, je vous laisse entre de bonnes mains...

Vous pouvez faire confiance à Pascale, Dasola, Sentinelle et Eeguab.

mardi 11 juillet 2017

Un poil flippant...

Le fait paraît établi: les "petits" films sont parfois aussi intéressants que les "grands". Mon idée, c'est qu'un point de départ scénaristique minimaliste peut déboucher sur une intrigue tout à fait captivante. J'illustrerai aujourd'hui mon propos en vous disant deux mots rapides sur La moustache, un long-métrage que j'ai pu revoir dernièrement...

D'abord, un livre...
Le hasard en a décidé ainsi, mais c'est la seconde fois consécutive que je suis amené à vous parler d'un film adapté d'un roman. Détail plus surprenant: là encore, c'est l'écrivain lui-même qui est passé derrière la caméra. Emmanuel Carrère connaissait donc parfaitement cette histoire un peu folle d'un mec qui décide un beau jour de raser les poils qui barrent sa lèvre supérieure... et qui se rend alors compte avec effroi que personne ne remarque la différence ! J'ai lu le bouquin et, de mémoire, je dirais que le film lui reste fidèle. Sauf sur la fin...

Ensuite, un acteur...
Comme souvent lorsqu'il s'agit d'interpréter les humeurs d'un homme tourmenté, Vincent Lindon est impeccable dans le rôle principal. L'incertitude qui colle à la peau de son personnage est retranscrite avec brio et d'autant plus prégnante que le récit pose mille questions sans y répondre. Le film nous invite à partager tous les états d'âme de son héros et à comprendre sa montée de stress. Facile, en fait ! Petit à petit, à mesure que l'étau se resserre, on oublierait presque que le film s'emballe aussi autour d'une excellente Emmanuelle Devos.

Au final, un bon suspense...
Je ne suis pas sûr que tout cela convienne vraiment à tout le monde ! Attention: je ne prétends pas qu'il y a là de quoi rebuter les âmes sensibles, mais je pense que ce qui est montré et reste inexpliqué peut désorienter franchement celles et ceux qui attendent du cinéma qu'il conserve toujours une certaine rationalité. Cela dit, qui apprécie les histoires tordues et le fait de ne pas tout comprendre systématiquement verra suffisamment de bonnes choses dans le film pour passer un moment sympa. Bilan: j'ai envie... de revenir au livre.

La moustache
Film français d'Emmanuel Carrère (2005)

La bizarrerie peut générer, c'est sûr, de vrais bons récits de cinéma. Dans le domaine de l'étrange, j'ai un vague souvenir d'un autre film français: le Lemming de Dominik Moll, sorti d'ailleurs la même année. Pour des frissons un peu plus "conventionnels", un Hitchcock lambda fera l'affaire, mais ma foi, Bunny Lake a disparu, c'est bien aussi. Mon sommet parano, si ce n'est Shining, devrait rester Le locataire !

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Si vous voulez en savoir (un peu) plus...
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